ACTE PREMIER
FERNAND
Vous y êtes tout à fait.
P I B R A C , vivement.
Mais nous disons que c'est un duel politique.
MAXIME, derrière le canapé.
Comment, politique ! On s'est querellé violemment devant deux cents personnes à propos d'un domino rose, et vous voulez y voir de la politique !
On peut en voir partout ; d'ailleurs vous comprenez bien que je n'aurais pas accepté d'être témoin dans un duel pour une cocotte.
FERNAND
Une cocotte! on ne sait pas... puisqu'elle était masquée.
PIBRAC
Raison de plus. Je suis marié, moi.
FERNAND
Moi aussi, parbleu !
PIBRAC
Vous, ce n'est pas la même chose.
FERNAND
Pourquoi donc?
PIBRAC
Vous connaissez madame de Pibrac ?
FERNAND
Et je la trouve charmante.
Elle me boude depuis deux jours.
FERNAND
Que vous reproche-t-elle ?
Rien. Mais jai un ami qui a enlevé une figurante des Variétés.
FERNAND
Eh bien ?
PIBRAC
Eh bien ! quand mes amis commettent une faute, madame do Pibrac me fait une scène.
FERNAND
Ne vous plaignez pas devant moi ; je vous disais toujours : « Pibrac, n'épousez pas une femme nerveuse. »
Je n'aime pas les autres.
FERNAND
La belle raison ! Voyez madame de Mauves: douce, calme, inaltérable, admirant paisiblement, avec sa respectable grand'mère, les couchers de soleil d'Élrelat. Aussi quel excellent ménage que le nôtre !
PIBRAC
Excellent pour vous.
FERNAND
Que voulez-vous de plus?
JOSEPH, entrant. Pibrac se love.
Madame de Pibrac est venue prendre des nouvelles de madame la comtesse; elle fait demander à monsieur le comte s'il peut la recevoir ?
PIBRAC, étonné.
Ma femme !
FERNAND, à Joseph.
Faites entrer.
MAXIME
Eh bien ! et notre affaire?