‹ Théâtre complet [de] Edmond Gondinet (volume 3)Chapitre 156 sur 308 · ACTE PHKMIEK · texte numérisé non relu

ACTE PHKMIEK

Où trouvez-vous cela ?

A BEL, prenant les autres.

Toutes ces lettres ont quatre pages ; celle-ci n'a que deux lignes.

Eh bien, deux lignes : « Cher ange, ou cher adoré, ou toute autre chose, je serai demain près de toi, le matin, ou le soir ; mon cœur me devance, ou ma pensée y est déjà, ou une autre bêtise. Ta bien-aimée Jeanne. » — Elle s'appelle Jeanne, n'est-ce pas?

MAXIME

Il faut que cet imbécile-là cause ou qu'il dorme, il n'y a pas de milieu.

ABEL

Laisse-moi tranquille, toi. Je cause avec Pibrac, que j'aime bien, parce qu'il a des candeurs de bébé.

PIBRAC

Vous me comblez.

ABEL

Je parie qu'il ne sait pas que Roger est allé à Etretat la semaine dernière.

PIBRAC

Je le sais parfaitement.

ABEL

Alors, ce que vous ne savez pas, c'est que madame de Mauves se promenait seule un jour sous les falaises, à l'heure où la plage est déserte, et que notre ami Savenay, uniquement pour lui parler pendant quelques minutes, n'a pas craint de descendre la falaise par des sentiers impraticables, ayant l'air ainsi de tomber du ciel à ses pieds.

P 1 li U A C.

C'est l'acte d'un fou.

A BEL

Je ne dis pas non, et de peur de compromettre son idole en revenant comme elle par la plage, il a repris le même chemin, au risque de se rompre vingt fois les os, qu'il s'est môme un peu rompus.

PIBRAC

Qu'est-ce que cela prouve ?

A BEL

Cela prouve, mes excellents bons, que Savenay connaît bien les femmes et qu'il a sur nous tous cet immense avantage qu'il aime sincèrement tout le temps qu'il aime ; ce n'est pas long, mais c'est toujours ça. Il parle de son amour sincèrement, il regarde la lune sincèrement, il d(^gringole la falaise sincèrement, il mourrait sincèrement pendant que ça dure. Et vous ne voulez pas que ce garron-là séduise une femme de vingt-deux ans, négligée par son mari et vertueuse ! Allons donc ! c'est fait, ça se fait ou ça se fera.

Ça no s(î W vu pas.

ABEL

C'est ce que nous verrons. Mais je suis bien réveillé, moi. (a Maxime.) Si uous faislous uu écarté pendant que Pibrac tient la plume?

MAXIME

Ksi -on joueur à ce point-là ! — Avons-nous des cartes ?

ABEL, prônant fies caiti's sur la tablo à droik'.

En voici.

Ils s'iuslallcnl.

JOSEPH, accourant effaré.

Messieurs, pouvez-vous me dire exactement où je trouverai M. le comte ?

ACTK PREMIER "215

PIDHAC.

Pourquoi ?

JOSEPH

Parce que madame la comtesse vient d'arriver.

MAXIME et PIBRAC.

Ah!

AIîEL.

Eh ! eli ! que pensez-vous de ma devinette ?

JOSEPH

Madame paraît croire que monsieur l'attend,

ABEL

Parbleu !

JOSEPH

Je ne sais que dire.

Ne dites rien .

PIBIIAC.

Il est allé chez le vicomte de Savenay.

Je vais y envoyer.

Il sort.

MAXIME

Mais nous allons être mêlés à une scène de ménage, nous. Je m'en vais.

ABEL, se levant.

Mol aussi. Nous repiendi-ons la partie au club.

PIBRAC

Eh bien, et moi ?

MAXIME

Vous, vous avez toujours votre procès-verbal à rédiger.

(prenant son chapeau avec colère.) Qucllc stupide jouméc nOUS

-210 LE CLLU

passons 1 Je ne lisquerai que ma mise ce soii'. — Allons Abel, allons.

AlJKL, reiiiirdanl ^OIl jeu qu'il n'avait {ta^ eucoix' relève el avec désespoir.

J'avais le rui et la vole I

MAXIME

Allons, allons, Abel.

Ils sorlenl tous les deux.

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