ACTE PREMIER
forcée de quêter à la hâte, pour ne pas être trop humiliée demain.
AGATHE, à part.
Monstre !
JEANNE
Vous êtes sûre, madame, d'avoir beaucoup de succès.
Je le souhaite sans l'espérer. .3'accepterai, madame, tout ce qu'il vous plaira de me donner, mais votre olïrande doublerait de prix si j'obtenais un ouvrage de vos mains.
JEANNE
Oh! non! non! de l'argent, de l'argent seulement, (eiic
va à une console et prend dans un coffret un billet do mille francs.) Ce
que je fais n'a aucune valeur pour personne. — Voici, madame.
AGATHE, à part.
Merci !
LA BARONNE
Ah!
JEANNE
J'espère que M. de Mauves fera davantage.
LA BARONNE
C'est un cadeau de reine. La générosité est facile quand on est heureuse et qu'on n'a rien à envier à personne.
JEANNE
Rien, madame.
LA BARONNE
J'avais eu le désir, madame, de me faire présenter à vous à Étretat, car nous nous y trouvions ensemble, mais on m'a dit que vous viviez très retirée.
JEANNE
Très retirée, oui, madame.
LA BARONNE
Je me dédommage anjourdliui. Je vous demande la permission, madame, de continuer ce que j'appellerai mon chemin de la ci"oix, car je ne suis pas reçue partout aussi bien que chez vous.
JEANNE
M. de Mauves regrettera certainement de ne pas s'être trouvé là, mais vous savez peut-être qu'il est témoin dans un duel.
LA BARONNE
Hélas ! oui. J'ai même appris que les témoins devaient se réunir chez M. de Mauves.
JEANNE
Alors, madame, il vous sera agréable d'apprendre que l'atïaire est ai'rangée.
LA BARONNE
Arrangée ?
JEANNE
On ne se bat plus.
LA BARONNE
Ah !
Les adversaires ont localement reconnu que leur ((uereile était sans objet.
Sans objet!
AGATHE, à purl.
Très bien ! très bien !
JEANNE
J'ai eu l'indiscrétion de lire le procès-verbal des témoins.
LA BARONNE
Mais ce procès-verbal est- il accepté par tout le monde ?