SCÈNE XV AGATHE, JEANNE
AGATHE
Elle n'a pas osé me regarder en face ; elle a eu raison... Eh bien 1 qu'as-tu donc ?
JEANNE, défaillante.
Ce n'est rien, ne t'inquiète pas, c'est nerveux.
AGATHE, se jetant dans ses bras.
Je te fais pitié, n'est-ce pas ?
JEANNE
Non, Agathe, non... je ne veux pas te laisser cette soulfrance, je te jure que tu te trompes ; je te jure que ce n'est pas ton mari.
AGATHE
C'est parce que tu ne doutes plus que tu veux essayer de me mentir.
JEANNE
Ne pleure pas, Agathe, ton mari t'aime, toi ; je le sais, j'en suis sûre.
AGATHE
Je t'émeus, je t'attriste, j'ai tort. Eli bien ! non, je ne pleure plus, ce n'est pas l'heure de pleurer : je me vengerai.
Est-ce que les honnêtes iemmes peuvent se venger, est-ce qu'elles sauraient ?
AGATHE
Notre rôle est trop béte à la fin. Demain, à pareille heure, je serai vengée. Comment? je n'en sais rien, mais je serai vengée.
LUo -;ort vivemenl.
JEANNE, seule, tombant sur le canapé.
Madame de Morannes ! Voilù la femme à laquelle il me sacrifie. — Mais que suis-je donc, moi ? Toujours aimanle et toujours résignée, toujours l'attendant. Il n'a pas un sourire à demander, pas un regard à quêter : quand il entre, mon âme tout entière va au-devant de lui. C'est trop m'abaisser ! Ce qu'ils veulent, c'est le bruit, le succès, l'éclat,
c'est la lutte ! Ils l'auront. (Elleisunne, une femme de cliambre paraît.
— A la femme de chambre.) Préparcz-uioi uuo toilette de bal pour ce soir ; sortez toutes mes robes; sortez-les toutes, je choisirai. (La femme <le chambre se retire.) Jo UO VOUX pluS êtrC dcS
l'emmes qu'on délaisse ; je serai des femmes qu'on aime.