‹ Théâtre complet [de] Edmond Gondinet (volume 3)Chapitre 185 sur 308 · ACTE DEUXIEME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIEME

CHARLY

Monsieur le vicomte a été excellent. Aussi j'ai une petite ferme en Saintonge qui porte son nom.

Vous me comblez!

CIIAULY.

Est-ce que M. de Mauves est brouillé avec M. de Savenay?

ABEL

Pourquoi me demandez-vous cela?

CIIAULY.

C'est que M. de Mauves est si pressé de lui rembourser ce qu'il a perdu...

Que vous en concluez qu'il y a entre eux un motif de querelle.

Je demande pardon à M. le vicomte d'avoir l'air de l'interroger.

ABEL

Avoir l'air est adorable!

GERVASSON.

Charly, des jetons.

CHARLY

A vos ordres, monsieur Gervasson.

ABEL

Il est très fort, ce garçon. Je suis sûr qu'il nous connaît tous mieux que nous-mêmes. Il a ilairé que Fernand allait faire le don Quichotte pour sauver l'amour-propre de madame de Morannes. Le mari ne veut pas se battre : Fernand prendra la place du mari, Poussera-t-il la naïveté jusque-là? Chez les gens naturellement naïfs comme Pibrac, la naïveté a ses bornes; chez les autres, elle n'en a pas. Ah! que les

sottes amours font de sottes gens! Parlez-moi de cet honnête Pibrac qui lit vertueusement, (ii va à pibrac, qui est assis, une brochure à la main.) Pibrac. mou bon Pibrac, vous lisez la Revue des Deux Mondes?

PIBRAC

Non, mon ami, non.

ABEL

Vous la tenez.

PIBRAC, se levant.

Ah! oui! c'est vrai, mais j'ai l'esprit ailleurs.

ABEL

Ce n'est pas bote, ça!

PIBRAC

Je voudrais vous demander un service.

ABEL

Parlez, cher ami.

PIBRAC

Donnez-moi l'adresse d'une femme aimable.

ABEL, étonné.

Vous dites ?

PIBRAC

Je dis : donnez-moi l'adresse d'une femme aimable.

ABEL

Laquelle?

Quelconque, mais aimable.

ABEL

Que voulez-vous en faire?

PIBRAC

J'irai chez elle.

Avec cet air-là?

Page 1