ACTE DEUXIÈME
PIBRAC
Avec cet air- là.
ABEL
Pour la porter en terre, alors?
Pour la porter... non. Connaissez-vous la petite Tournesol, des Bouffes?
ABEL
Charmante !
PIBUAC.
Est-elle libre?
ABEL
Elle l'est trop.
PIBRAC
C'est ce qu'il me faut. .Je vais lui écrire sur du papier à en-tête du cercle, pour me poser.
ABEL, le regardant avec étonnenient.
Ah çà! Pibrac, qu'est-ce qui vous prend?
PIBRAC
Je ne veux plus être vertueux.
ABEL
Pourquoi donc?
Ça ne me réussit pas.
ABEL
Ah ])ah !
PIBRAC
Ce soir, je rentre chez moi à sept heures, madame de Pibrac était assise...
ABEL
Elle est charmante, madame de Pibrac.
PIBRAC
Vous trouvez ? Vous êtes bien bon, — Je m'avance pour l'embrasser : elle se dresse comme une statue, passe sans me regarder, s'arrête à la porte, fait un geste comme pour m'asperger d'eau bénite, et s'en va. Je la rattrape dans l'antichambre, elle prend la pose de Maubant dans Rome vaincue et me jette ces mots : « J'espérais, monsieur, que vous auriez compris mon silence. » Elle veut que je comprenne son silence, maintenant. Elle refait son geste, toc, toc! et disparaît. J'attends ; elle ne revient pas. Je m'informe. « Madame dîne chez sa mère. » Je prends mon chapeau et me voilà. C'est fini, fini, fini!... J'ai dîné au club; on y est très bien. Je m'y amuserai, j'y jouerai, et je passerai les nuits chez Bignon avec des femmes.
ABEL
Grandes ou petites?
PIBH AC.
Petites et grandes, de toutes les dimensions.
Gourmand!
PIBRAC
Je vais écrire t(jut de suite. J'ai hâte de tromper ma femme.
ABEL
Comme c'est nature !
Je vais écrire, et après...
ABEL
Après? Vous n'aurez plus <|u'à être éloquent.
PIBRAC, rcmoninni.
Je le serai. (Rrvonant à Aboi.) Elle me trouvera peut-être bête en commençant; que lui dirai-jc pour l'aborder?