‹ Théâtre complet [de] Edmond Gondinet (volume 3)Chapitre 186 sur 308 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

PIBRAC

Avec cet air- là.

ABEL

Pour la porter en terre, alors?

Pour la porter... non. Connaissez-vous la petite Tournesol, des Bouffes?

ABEL

Charmante !

PIBUAC.

Est-elle libre?

ABEL

Elle l'est trop.

PIBRAC

C'est ce qu'il me faut. .Je vais lui écrire sur du papier à en-tête du cercle, pour me poser.

ABEL, le regardant avec étonnenient.

Ah çà! Pibrac, qu'est-ce qui vous prend?

PIBRAC

Je ne veux plus être vertueux.

ABEL

Pourquoi donc?

Ça ne me réussit pas.

ABEL

Ah ])ah !

PIBRAC

Ce soir, je rentre chez moi à sept heures, madame de Pibrac était assise...

ABEL

Elle est charmante, madame de Pibrac.

PIBRAC

Vous trouvez ? Vous êtes bien bon, — Je m'avance pour l'embrasser : elle se dresse comme une statue, passe sans me regarder, s'arrête à la porte, fait un geste comme pour m'asperger d'eau bénite, et s'en va. Je la rattrape dans l'antichambre, elle prend la pose de Maubant dans Rome vaincue et me jette ces mots : « J'espérais, monsieur, que vous auriez compris mon silence. » Elle veut que je comprenne son silence, maintenant. Elle refait son geste, toc, toc! et disparaît. J'attends ; elle ne revient pas. Je m'informe. « Madame dîne chez sa mère. » Je prends mon chapeau et me voilà. C'est fini, fini, fini!... J'ai dîné au club; on y est très bien. Je m'y amuserai, j'y jouerai, et je passerai les nuits chez Bignon avec des femmes.

ABEL

Grandes ou petites?

PIBH AC.

Petites et grandes, de toutes les dimensions.

Gourmand!

PIBRAC

Je vais écrire t(jut de suite. J'ai hâte de tromper ma femme.

ABEL

Comme c'est nature !

Je vais écrire, et après...

ABEL

Après? Vous n'aurez plus <|u'à être éloquent.

PIBRAC, rcmoninni.

Je le serai. (Rrvonant à Aboi.) Elle me trouvera peut-être bête en commençant; que lui dirai-jc pour l'aborder?

Page 1