ACTE TROISIÈME
Elle veut que mon mari se batte pour elle?
ROHER.
Oui, madame.
JEANNE
Avec vous ! Et M. de Mauves n'a pas hésité ! et vous I vous ! vous avez tout accepté, vous avez tout souffert pour moi.
ROGER
Ne suis-je pas le seul coupable ? Quelle faute avcz-vous commise? Que pouvez- vous vous reprocher?
JEANNE
Alors, cette femme nous épiait ? alors, cette femme a vu que vous m'aimiez ?
ROGER
11 faudra bien, maintenant, qu'elle se taise.
JEANNE
Et puisqu'elle vous fait battre, elle sait que je vous aime!
Elle tombe sur une chaise devant la boulique de madame de Pibrac. ROGER, derrière elle.
Vous m'aimez?
GENEVlf:VE.
Bouquets, bouquets à la main! Roses pompon !
JEANNE
Et pourquoi me taire à présent? pourquoi lutter encore? pourquoi me mentir encore à moi-même? Que de fois, vous voyant si délicat et si tendre, j'étais prête à vous ouvrir ma main en vous disant : Je vous comprends!... Cù ai-je un guide? où ai -je un appui? où ai -je un maître? Qui m'apprendra maintenant où est le devoir? Est-ce que tout ne s'écroule pas autour de moi ? Est-ce que ce ne se-
rait pas à douter de Dieu, si vous n'étiez pas là? Eh bien, oui, je vous aime !
ROGER
Je n'ai plus rien à demander, rien à envier, vous m'aimez ! Tout est beau, tout est bon dans la vie. Vous m'aimez, je n'ai plus ni regrets ni souffrances. Que le hasard à présent fasse de moi ce qu'il voudra ! Rien ne m'arrachera du cœur l'ivresse de celle hecire bénie : vous m'aimez!
GENEVIÈVE
Bouquets, bouquets à la main ! Roses pompon !
JEANNE
Je ne veux plus voir M. de Mauves. Emmenez-moi, prenezmoi. Je ne veux nlus le voir... Je resterai ici la dernière, comme cette nuit. Je . eparlirai demain à la première heure pour Étretat. Je vous y attendrai.
ROGER
Merci.
Il sort à gauche.