III
FLAVIGNAC.
Je ne veux rien négliger, (cherchant toujours.) Au collège, j'ai comf>osé une pièce de vers en l'honneur du.,, de... (A pan.) Mais il vaut mieux n'en point parler, ça engage.
ALCIDE, à part.
Cette fois, je saurai son opinion. (na.ii.) .l'ai d'abord à vous adresser une question extrêmement importante.
Parlez, monsieur.
ALCIDE
Votre biographe doit nécessairement connaître votre nuance en politique.
FLAVIGNAC, avec importance.
V US voulez connaître mon opinion? Je ne la cache pas, moi, monsieur. Je ne suis pas de ceux qui se laissent prendre aux flatteries des pouvoirs. Mon opinion... (vn ao-
meslique lui apporte un billet, qu'il ouvre vivement.) « MonsiCUr rlavi-
gnac est prié de rester chez lui : le Président va le taire appeler. » (a Aici.io.) Mon opinion, je vous la dirai ce soir.
ALCIDE
Ahl
MARTHE, ù pan.
Qu'est-il arrivé ?
FLAVIGNAC, h part.
Le Président ! Je suis ministre ! (Haut.) Excusez-moi, monsieur, si je suis forcé d'interrompre notre entretien...
M A a T II i: .
Qu'avez-vous donc, papa?
se KM-: ONZIKMK 443
Hien, ma Ulic. licii, un peu d'émotion.
ALCIDE
Je me retire.
FLAVIGNAC.
Vous pouvez rester. Ce n'est pas un mystère... d'autant que ce billet appartient déjà à l'histoire. On va me faire appeler à la Présidence.
MARTHE
Vous, papa?
Kl. A VIGNAi:.
Oui, ma fille.
ALi:iDE.
Vous, monsieur .'
FLAVIGNAO.
Oui, mon cher biographe; vous ne vous doutiez pas, tout à l'heure que vous causiez avec un futur ministre?
ALCIDE
Comment !
MARTHE, avec joie.
Vous êtes ministre?
FLAVIGNAC.
Pas encore, ma fille, pas encore. On va m'oft'rir un ministère, mais l'accepterai-je ?
Vous hésiteriez?
FLAVIGNAC.
Ma santé me permettra-t-elle de supporter ce terrible fardeau ?
MARTHE
Vous avez une santé excellente.
FLAVIGNAC.
Ne crois pas cela. Je sais bien qu'on fera appel à mon dévouement, il sera diCficile de résister.
MARTHE
Impossible.
FLAVIGNAC.
Cependant le dévouement a des bornes. Et puis, j'ai les goûts simples : j'aime à rester dans l'ombre, à vivre aux champs. Les grandeurs ne me touchent pas.
MARTHE
Mais songez donc...
FLAVIGNAC
Je songe à mon repos. On me dira que je suis un égoïste. Je répondrai... je sais bien que je serai embarrassé pour répondre... car enfin chacun de nous doit se sacrifier pour l'intérêt général.
MARTHE
Oh! oui, papa, oui, sacrifiez-vous.
Tu le veux?
MARTHE
Oui, je le veux.
FLAVIGNAC
Je vais reprendre ma redingote.
MARTHE
J'irai vous la chercher.
Ello entre vivement dans la chambre de Flavignac.
SCENK ONZIÈME '•'.:.
FLAVIGN AC, à Aïeule.
Si j'accepte, monsieur, ce sera pour ma fille, afin de la marier plus brillamment. Un beau-père ministre, cela flatte un gendre. II y a tant de gens vaniteux à notre époque!
MARTHE, revenant joyeusement '■'.
Oh! papa, quand vous serez ministre...
Ma fille, je ferai de grandes choses.
MARTHE
Oh! oui, papa, vous serez généreux.
FLAVIGNAC.
Magnanime.
Vous pardonnerez à vos adversaires.
FLAVIGNAC.
A tous.
MARTHE
A VOS ennemis politiques.
FLAVIGNAC.
Je leur tendrai la main.
MARTHE
Monsieur Alcide, jetez-vous au cou de papa.
ALCIDE
Oh! monsieur!
* Alcide, Flavignac, Marthe.
FLAVIGNAC.
Qui, Alcide? Quel Alcide?
MARTHE
C'est le fils de M. Chamboret.
FLAVIGNAC.
Qui fait ma biographie?
ALCIDE
Oui. monsieur, oui; mais je n'ai pas d'opinion, ou plutôt j'ai les vôtres.
Mais c'est une surprise ! C'est un guet-apens !
ALCIDE
Vous avez promis d'être magnanime,
FLAVIGNAC.
Je le serai : Louis XII ne vengera pas les querelles du duc d'Orléans. Mais si j'avais su que c'était vous, monsieur, qui étiez chargé d'écrire ma biographie, je... (a pan.) je ne lui aurais pas parlé de sa tante.
MARTHE
Vous aviez agréé M. Alcide avant les élections.
FLAVIGNAC.
Mais tout a bien changé depuis, tout va changer encore.
MARTHE
Oh! papa!
Oh ! monsieur!