‹ Théâtre complet [de] Edmond Gondinet (volume 4)Chapitre 14 sur 324 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

depuis dix ans, tout y est rangé à ma guise. Je n'ai pas à regarder mes bibelots pour les voir. Ne dérangeons rien.

SAVOURETTE.

Ces tentures sont bien fanées.

BRICHANTEAU

Mes yeux se sont habitués à celte nuance.

SAVOURETTE.

Le plafond a des fissures.

BRICHANTEAU

Je ne les lui reproche pas.

SAVOURETTE.

Cette corniche n'est plus ù la mode.

BRICHANTEAU

Je l'aime ainsi. Je vous en conjure, monsieur, pas d'ouvriers chez moi, pas de réparations.

Mais, monsieur, ce n'est pas pour vous.

BRICHANTEAU, étonné.

Pour qui donc ?

SAVOURETTE.

C'est pour moi.

BRICHANTEAU

Si je me déclare satisfait !

SAVOURETTE.

J'ai acheté cette maison avec l'intention de l'habiter.

BRICHANTEAU

Pas tout entière?

SAVOURETTE.

Non. Je ne prendrai que votre appartement.

BRICHANTEAU, suffoqnê.

Mon appartement?

SAVOURETTE.

Et comme je voudrais m'y installer le plus tôt possible, je venais vous demander l'autorisation de commencer les réparations tout de suite.

BRICHANTEAU

Mais j'ai un bail, monsieur, j'ai un bail.

Qui expire dans six semaines.

BRICHANTEAU, atterré.

Il expire comme cela, tout seul?

SAVOURETTE.

La clause est formelle... Vous aurez le temps de déménager.

BRICHANTEAU, de même.

Déménager !

SAVOURETTE.

A mon grand regret. Car un propriétaire est toujours flatté de posséder dans son immeuble un locataire de votre distinction ; mais j'ai réalisé une fortune considérable dans le commerce; je me suis marié récemment avec une jeune veuve ; je viens d'acquérir cette maison, qui plaisait à ma femme, et c'est votre appartement qu'elle préfère.

BRICHANTEAU, se contenant à peine.

Monsieur, ce que vous faites là est un crime.

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