‹ Théâtre complet [de] Edmond Gondinet (volume 4)Chapitre 16 sur 324 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

C'est vous qui avez créé ces jolis dessus de pendule?

SAVOURETTE, gravement.

Oui, monsieur, et j'ai fabriqué trois mille et quelques bustes politiques.

BRICHANTEAU

Alors, vous connaissez la fragilité des choses ! nous allons nous entendre (Avec des larme?.) Est-ce que vous ne pleureriez pas, en voyant déménager ces bibelots, ces pauvres bibelots qui ont l'air de se trouver si bien chez eux !

SAVOURETTE.

Je pleurerais peut-être.

BRICHANTEAU

Vous pleureriez certainement.

SAVOURETTE.

Je vous avouerai que, moi, j'aurais préféré l'étage audessous.

BRICHANTEAU, vivement.

Le premier ? Il est beaucoup mieux, il a un balcon.

SAVOURETTE.

Mais il reste une autre difficulté.

BRICHANTEAU

Laquelle ?

SAVOURETTE.

Madame Savourette est jeune, et, quoique mariée pour la seconde fois, elle a encore des scrupules.

A propos des étages ?

SAVOURETTE.

Elle croit que vous seriez un voisin dangereux.

BRICHANTEAU

Je vous affirme, sans connaître madame Savourette, fùtelle plus belle que la Vénus de Milo...

SAVOURETTE, vivement.

La question n'est pas là, je suis sûr de la vertu de ma femme.

BRICHANTEAU

Alors?...

SAVOURETTE.

C'est votre réputation.

BRICHANTEAU

Quelle réputation ai-je donc?

SAVOURETTE.

On a raconté, paraît-il. devant madame Savourette, que vous aviez une façon de vivre... particulière.

BRICHANTEAU

En quoi particulière ? Parce que j'aime le vrai Paris ? Je suis persuadé que c'est là seulement, et pas ailleurs, qu'on peut supprimer de son existence les choses tristes, les choses ennuyeuses et les choses bêtes.

Elle vous reproche d'avoir des idées bizarres.

BRICHANTEAU

Quelles idées ? Je ne dis jamais ce que je pense, ni en politique, ni en religion, ni en morale, ni en rien. Je trouve que c'est inutile.

SAVOURETTE.

Pour préciser, vous avez des mœurs ultra légères.

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