ACTE PREMIER
C'est vous qui avez créé ces jolis dessus de pendule?
SAVOURETTE, gravement.
Oui, monsieur, et j'ai fabriqué trois mille et quelques bustes politiques.
BRICHANTEAU
Alors, vous connaissez la fragilité des choses ! nous allons nous entendre (Avec des larme?.) Est-ce que vous ne pleureriez pas, en voyant déménager ces bibelots, ces pauvres bibelots qui ont l'air de se trouver si bien chez eux !
SAVOURETTE.
Je pleurerais peut-être.
BRICHANTEAU
Vous pleureriez certainement.
SAVOURETTE.
Je vous avouerai que, moi, j'aurais préféré l'étage audessous.
BRICHANTEAU, vivement.
Le premier ? Il est beaucoup mieux, il a un balcon.
SAVOURETTE.
Mais il reste une autre difficulté.
BRICHANTEAU
Laquelle ?
SAVOURETTE.
Madame Savourette est jeune, et, quoique mariée pour la seconde fois, elle a encore des scrupules.
A propos des étages ?
SAVOURETTE.
Elle croit que vous seriez un voisin dangereux.
BRICHANTEAU
Je vous affirme, sans connaître madame Savourette, fùtelle plus belle que la Vénus de Milo...
SAVOURETTE, vivement.
La question n'est pas là, je suis sûr de la vertu de ma femme.
BRICHANTEAU
Alors?...
SAVOURETTE.
C'est votre réputation.
BRICHANTEAU
Quelle réputation ai-je donc?
SAVOURETTE.
On a raconté, paraît-il. devant madame Savourette, que vous aviez une façon de vivre... particulière.
BRICHANTEAU
En quoi particulière ? Parce que j'aime le vrai Paris ? Je suis persuadé que c'est là seulement, et pas ailleurs, qu'on peut supprimer de son existence les choses tristes, les choses ennuyeuses et les choses bêtes.
Elle vous reproche d'avoir des idées bizarres.
BRICHANTEAU
Quelles idées ? Je ne dis jamais ce que je pense, ni en politique, ni en religion, ni en morale, ni en rien. Je trouve que c'est inutile.
SAVOURETTE.
Pour préciser, vous avez des mœurs ultra légères.