‹ Théâtre complet [de] Edmond Gondinet (volume 4)Chapitre 19 sur 324 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

GENEVIÈVE

Est-ce que cela me change beaucoup ?

Allez donc chercher votre tapisserie pour travailler à côté de moi.

GENEVIÈVE

Vous devriez prendre un peu de fleur d'oranger.

BRICHANTEA I .

Oui. (se reprenant.) Non. Il faudrait appeler Gontran, et je ne suis pas en état de supporter des figures désagréables.

GENEVIÈVE

Je vais préparer votre verre d'eau, nous n'aurons besoin de personne.

BRICHANTEAU

A la bonne heure. Je vous demande pardon, Geneviève, mais tout le monde sait que je suis égoïste.

GENEVIÈVE

Ce n'est pas à moi qu'il faudrait le dire.

BRICHANTEAU

Egoïste dans le sens exquis du mot.

Vous ne songez qu'à faire des heureux autour de vous.

BRICHANTEAU

Parce que les gens heureux sont plus agréables à regarder que les autres.

GENEVIÈVE

Où est la fleur d'oranger?

BRICHANTEAU, désespéré.

Nous serons forcés d'appeler Gontran.

GENEVIÈVE, vivement.

Non, non, la voici. Il vous déplaît donc bien, ce pauvre Gontran ?

BRICHANTEAU

Je choisis toujours des domestiques qui me déplaisent.

GENEVIÈVE, étonnée.

Pourquoi ?

BRICHANTEAU

Je peux les renvoyer plus facilement, et je ne suis pas troublé s'il leur arrive des accidents. Gontran a dégringolé dans la cave. J'en ai ri, je ne peux pas le souffrir.

GENEVIÈVE, souriant.

Et parce qu'il n'a eu aucun mal.

Elle lui présente son verre d'eau sucrée. BRICHANTEAU, la regardant.

Comme les jeunes filles grandissent vite à Paris!... Dixsept ans ! je ne m'en apercevais pas.

GENEVIÈVE, riant.

Moi non plus. (Tenant toujours son verre.) Je n'ai mis qu'une cuillerée d'eau de tleur d'oranger.

BRICHANTEAU

Il m'en faut trois. Ce Savourette m'a exaspéré. (Gontran entre.) Bon ! L'autre maintenant !... Il est abominable.

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