ACTE PREMIER
GENEVIÈVE
Est-ce que cela me change beaucoup ?
Allez donc chercher votre tapisserie pour travailler à côté de moi.
GENEVIÈVE
Vous devriez prendre un peu de fleur d'oranger.
BRICHANTEA I .
Oui. (se reprenant.) Non. Il faudrait appeler Gontran, et je ne suis pas en état de supporter des figures désagréables.
GENEVIÈVE
Je vais préparer votre verre d'eau, nous n'aurons besoin de personne.
BRICHANTEAU
A la bonne heure. Je vous demande pardon, Geneviève, mais tout le monde sait que je suis égoïste.
GENEVIÈVE
Ce n'est pas à moi qu'il faudrait le dire.
BRICHANTEAU
Egoïste dans le sens exquis du mot.
Vous ne songez qu'à faire des heureux autour de vous.
BRICHANTEAU
Parce que les gens heureux sont plus agréables à regarder que les autres.
GENEVIÈVE
Où est la fleur d'oranger?
BRICHANTEAU, désespéré.
Nous serons forcés d'appeler Gontran.
GENEVIÈVE, vivement.
Non, non, la voici. Il vous déplaît donc bien, ce pauvre Gontran ?
BRICHANTEAU
Je choisis toujours des domestiques qui me déplaisent.
GENEVIÈVE, étonnée.
Pourquoi ?
BRICHANTEAU
Je peux les renvoyer plus facilement, et je ne suis pas troublé s'il leur arrive des accidents. Gontran a dégringolé dans la cave. J'en ai ri, je ne peux pas le souffrir.
GENEVIÈVE, souriant.
Et parce qu'il n'a eu aucun mal.
Elle lui présente son verre d'eau sucrée. BRICHANTEAU, la regardant.
Comme les jeunes filles grandissent vite à Paris!... Dixsept ans ! je ne m'en apercevais pas.
GENEVIÈVE, riant.
Moi non plus. (Tenant toujours son verre.) Je n'ai mis qu'une cuillerée d'eau de tleur d'oranger.
BRICHANTEAU
Il m'en faut trois. Ce Savourette m'a exaspéré. (Gontran entre.) Bon ! L'autre maintenant !... Il est abominable.