‹ Théâtre complet [de] Edmond Gondinet (volume 4)Chapitre 20 sur 324 · SCÈNE IX · texte numérisé non relu

SCÈNE IX

Les Mêmes, GONTRAN.

GONTRAN, entrant.

Monsieur !... (Apercevant Geneviève qui apporte le verre d'eau.) Ah !

mademoiselle !

GENEVIÈVE., se défendant.

Non, Gontran, non.

GONTRAN, avec empressement.

Je ne le permettrai pas.

Il porte cérémonieusement le verre à Brichanteau. BRICIIANTEAU, le regardant et après un moment d'hésitation.

Merci, je n'ai plus soif.

GONTRAN

Ah!

BRICHANTEAU

Que me voulez-vous?

GONTRAN

Le jeune peintre qu'on a recommandé à monsieur apporte à monsieur un tableau.

BRICHANTEAU

Le sujet est-il gai?

GONTRAN

Oui, monsieur, c'est une veuve qui pleure sur le...

BRICHANTEAU, l'interrompant vivement.

Je n'en veux pas.

\ï2 UN PARISIEN

GONTRAN

Ah ! puis-je dire à ce jeune homme que monsieur le recevra ?

BRI CHANTE AU

Jamais, il doit êlre lugubre.

GONTRAN

Que faut-il répondre ?

BRICHANTEAU

Répondez que je n'achète jamais de choses tristes. Celles qu'on a pour rien me suffisent au delà.

GENEVIÈVE

Il ne le savait pas, ce pauvre jeune homme, et si vous le lui disiez...

HRICHANTEAU.

Non. J'aime mieux ne pas le voir. Mais, puisqu'il vous intéresse avec sa veuve éplorée, remettez-lui cela.

GENEVIÈVE, regardant.

Cinq cents francs!

BRICHANTEAU

Je ne les lui donne pas. C'est une avance. Commandez-lui plutôt une bonne petite femme qui traverse le boulevard, petits pieds, petites mains, la mine inquiète, le nez au vent, enfin, une Parisienne.

GENEVIÈVE, en sortant.

Comme vous êtes toujours bon !

BRICHANTEAU

Mais non. Je m'en débarrasse. (Regardant ia pendule.) Il est deux heures et je ne suis pas habillé. Toute mon existence est détraquée aujourd'hui !

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