SCÈNE IX
Les Mêmes, GONTRAN.
GONTRAN, entrant.
Monsieur !... (Apercevant Geneviève qui apporte le verre d'eau.) Ah !
mademoiselle !
GENEVIÈVE., se défendant.
Non, Gontran, non.
GONTRAN, avec empressement.
Je ne le permettrai pas.
Il porte cérémonieusement le verre à Brichanteau. BRICIIANTEAU, le regardant et après un moment d'hésitation.
Merci, je n'ai plus soif.
GONTRAN
Ah!
BRICHANTEAU
Que me voulez-vous?
GONTRAN
Le jeune peintre qu'on a recommandé à monsieur apporte à monsieur un tableau.
BRICHANTEAU
Le sujet est-il gai?
GONTRAN
Oui, monsieur, c'est une veuve qui pleure sur le...
BRICHANTEAU, l'interrompant vivement.
Je n'en veux pas.
\ï2 UN PARISIEN
GONTRAN
Ah ! puis-je dire à ce jeune homme que monsieur le recevra ?
BRI CHANTE AU
Jamais, il doit êlre lugubre.
GONTRAN
Que faut-il répondre ?
BRICHANTEAU
Répondez que je n'achète jamais de choses tristes. Celles qu'on a pour rien me suffisent au delà.
GENEVIÈVE
Il ne le savait pas, ce pauvre jeune homme, et si vous le lui disiez...
HRICHANTEAU.
Non. J'aime mieux ne pas le voir. Mais, puisqu'il vous intéresse avec sa veuve éplorée, remettez-lui cela.
GENEVIÈVE, regardant.
Cinq cents francs!
BRICHANTEAU
Je ne les lui donne pas. C'est une avance. Commandez-lui plutôt une bonne petite femme qui traverse le boulevard, petits pieds, petites mains, la mine inquiète, le nez au vent, enfin, une Parisienne.
GENEVIÈVE, en sortant.
Comme vous êtes toujours bon !
BRICHANTEAU
Mais non. Je m'en débarrasse. (Regardant ia pendule.) Il est deux heures et je ne suis pas habillé. Toute mon existence est détraquée aujourd'hui !