ACTE PREMIER
Poursuis donc ton rêve, Benoît, mon garçon:
Car chacun s'élève De cette façon.
Déjà dans ma province J'ai servi, l'an dernier, Dans le château d'un prince, Où mon oncle était cuisinier.
Moi, j'aime la noblesse, Et je suivais sans cesse Le prince, un franc luron, Qui courait les fillettes Et qui dans les guinguettes Chantait comme un démon.
J'ai vu ce diable à quatre Se griser et se battre Et toujours bon vivant.
Quelle belle existence !
Et que de fois j'y pense!
Que j'en rêve souvent !
Et moi, Benoit, je rêve Au temps où nous allions tous deux
Ramasser sur la grève Les petits cailloux merveilleux.
BENOIT, avec tendresse.
Tu t'en souviens encor, Javotte?
JAVOTTE
Je chantais comme une linotte.
BENOIT
Moi, j'étais gai comme un pinson.
JAVOTTE
Et nous disions notre chanson :
358 LE KOI L'A DIT
Jacquot, courant par les bruyères, Chante aux oiseaux : « Je suis heureux! » Les arbres out des mines fières, ■o Les blés ont des airs langoureux, Les muguets me font la courbette, » Les boutons d'or se sont faits beaux. » Ah! Jacquot, nous voyons... les deux petits sabots De Jeannette.
Jacquot, tournant encor la tête, Revient, le cœur tout enfiévré; 11 rougit, il tremble, il s'arrête :
« Un follet m'a donc enivré?
» Hais, comme la bergeronnette, >> Je n'ai bu que l'eau du chemin. »
Ah ! Jacquot, tu buvais... dans le creux de la main De Jeannette.
BENOIT, joyeux.
Voilà Javotte, enfin; c'est ma Javotte à moi. JAVOTTE.
Tu me fi ras mourir d'effroi.
Ne reprends plus ton air sévère.
Si tu me protégeais un peu...
JAVOTTE
Que puis-je faire ?
BENOIT
Je resterais auprès de toi.
JAVOTTE
En te voyant mis de la sorte,