‹ Théâtre complet [de] Edmond Gondinet (volume 4)Chapitre 288 sur 324 · LES DOMINOS · texte numérisé non relu

LES DOMINOS

Pour le ciel bleu de la féerie,

Quittons la réalité ; Vivons de folle rêverie

Et de bruyante gaieté.

Dominos bleus, dominos roses,

Parlez bas de vos amours.

Comme on se dit de douces choses Sous le masque de velours !

Pacome, en grande livrée, aperçoit Javotte habillée en paysanne, qui passe timidement.

PACOME.

C'est Javotte en villageoise.

Tu t'en vas donc vraiment, sournoise ?

JAVOTTE

J'ai voulu voir le bal de monseigneur Benoît.

PACOME.

Oh ! mon maître a bien fait les choses ; Et les inconnus qu'il reçoit Ne sont pas moroses.

J AVOTTE.

Les grands-parents doivent être surpris ?

PACOME.

Ils sont à Paris, Pour amasser les dots qu'ils ont promises.

Et leur fils bien-aimé ?

PACOME.

Craignant de nouvelles sottises, Ils l'ont enfermé.

JAVOTTE

Lui ?

PACOME.

C'est moi qui fais seul les honneurs de la fête. Elle était prête.

Je n'ai jamais tant salué ; J'en suis exténué.

Il s'éloigne en saluant à lorl el à travers les gens qu'il rencontre. JAVOTTE, se glissant toute craintive au milieu des dominos.

Ah ! je n'avais qu'un courage

Trompeur !

J'ai beau cacher mon visage,

J'ai peur.

Les dominos remontent.

11 disait : « Toute ma vie

» A toi ! »

J'acceptais, l'âme ravie,

Sa foi,

Se peut-il que Ton oublie

Ainsi ?

Que me sert d'être jolie,

Pour lui?

Hélas! d'où vient que je l'aime

Autant ?

Mon cœur, se trompant lui-même,

L'attend.

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