LES DOMINOS
Pour le ciel bleu de la féerie,
Quittons la réalité ; Vivons de folle rêverie
Et de bruyante gaieté.
Dominos bleus, dominos roses,
Parlez bas de vos amours.
Comme on se dit de douces choses Sous le masque de velours !
Pacome, en grande livrée, aperçoit Javotte habillée en paysanne, qui passe timidement.
PACOME.
C'est Javotte en villageoise.
Tu t'en vas donc vraiment, sournoise ?
JAVOTTE
J'ai voulu voir le bal de monseigneur Benoît.
PACOME.
Oh ! mon maître a bien fait les choses ; Et les inconnus qu'il reçoit Ne sont pas moroses.
J AVOTTE.
Les grands-parents doivent être surpris ?
PACOME.
Ils sont à Paris, Pour amasser les dots qu'ils ont promises.
Et leur fils bien-aimé ?
PACOME.
Craignant de nouvelles sottises, Ils l'ont enfermé.
JAVOTTE
Lui ?
PACOME.
C'est moi qui fais seul les honneurs de la fête. Elle était prête.
Je n'ai jamais tant salué ; J'en suis exténué.
Il s'éloigne en saluant à lorl el à travers les gens qu'il rencontre. JAVOTTE, se glissant toute craintive au milieu des dominos.
Ah ! je n'avais qu'un courage
Trompeur !
J'ai beau cacher mon visage,
J'ai peur.
Les dominos remontent.
11 disait : « Toute ma vie
» A toi ! »
J'acceptais, l'âme ravie,
Sa foi,
Se peut-il que Ton oublie
Ainsi ?
Que me sert d'être jolie,
Pour lui?
Hélas! d'où vient que je l'aime
Autant ?
Mon cœur, se trompant lui-même,
L'attend.