‹ Théâtre complet [de] Edmond Gondinet (volume 4)Chapitre 319 sur 324 · N DE : LE H O I L A DIT · texte numérisé non relu

N DE : LE H O I L A DIT

Vers dits à la Comédie-Française, le lo janvier 1871,

249° Anniversaire de la Naissance de Molière

par M. Coq u eli n, aîné.

En quel temps serions-nous plus jaloux de nos gloires ? Il semble que jamais ton nom n'avait jeté Tant d'éclat, ô poète ! — Et leurs sombres victoires Nous font plus grande encor ton immortalité.

Maïs ce n'est plus Paris souriant et sceptique Qui va fêter Agnès, Alceste ou Scapin. — Non. C'est Paris prisonnier, meurtri, blessé, stoïque, Qui fête le génie au bruit de leur canon.

En Relevant à toi, l'âme se rassérène.

Jamais l'esprit français n'a raisonné si fort, Et dans le doux pays où ton rêve nous mène, Nous nous sentons plus loin de ces hordes du Nord.

Nous cberchions la bataille audacieuse et fière. Mais eux, patiemment, sourdement, par les bois, Ils ont versé sur nous leur Allemagne entière, Pour nous vaincre sans gloire, écrasés sous leur poids.

Comme ils nou- voient vivants dans leurs savantes trames, Comme notre agonie à leur gré tarde un peu, Pour tuer au hasard des enfants et des femmes, Ils font passer sur nous des ouragans de feu.

vi. 38

Vous disiez que Paris appartenait au monde, Stupides nations ! — Paris est bien à nous. Nous le sentons enfin à la haine profonde Qui, mieux que nos remparts, nous sépare de vous.

Ils traînent avec eux le meurtre et la souillure ; Us ont tout dévasté sous leurs pas insultants ; Sur notre sol béni qu'enchante la nature, Ils ont peur de laisser une place au printemps.

Ils brûlent nos palais ; ils campent à Versailles,

Ce Versailles, Molière, où tout parle de toi,

Plein de notre passé, vivant de nos batailles.

Ils croient que nos splendeurs peuvent grandir leur roi,

Qu'ils refassent un trône au maître qui les mène, Qu'ils fixent à son front la couronne de fer, Qu'ils se courbent encore, et qu'ils rivent leur chaîne Jusqu'à ce que l'anneau pénètre dans la chair;

Qu'ils aillent, promenant par la ville muette

Des fantômes de rois pour se faire une cour. —

0 sublime railleur, ô penseur, ô poète,

Qu'ils te semblent petits, ces conquérants d'un jour !

Que ce vieil empereur, triomphateur inerte, Prépare à son tombeau de superbes lambris ! Sa pourpre ne vaut pas la tombe toujours verte Du dernier des soldats qui meurt pour son pays.

Bénissons nos revers. — Que l'Europe assombrie S'agenouille à loisir sous le droit du plus fort. Nous avons retrouvé l'amour de la patrie, Le mépris du succès et l'orgueil de la mort !

Nous vivions follement, dédaigneux de conquêtes, Jetant notre existence aux dieux que nous aimons. Et les peuples jaloux se ruaient à nos fêtes Pour voir ce qu'il restait de sang dans nos poumons.

Ce sont les baltemenls de nos cœurs que tu comptes, Roi Guillaume! Eh bien ! va, compte-les jusqu'au bout. La France, d'un coup d'aile, a secoué ses hontes, Et les envahisseurs la retrouvent debout,

Debout, le front baigné de gloire et de lumière, Et montrant sa blessure au monde épouvanté ; Plus belle que jamais, plus ardente, plus fière, Dominant tous les bruits du cri de liberté.

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