‹ Théâtre complet [de] Edmond Gondinet (volume 4)Chapitre 49 sur 324 · ACTE DEUXIEME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIEME

BRICHANTEAU, en confidence.

Ce n'est pas de l'ennui, c'est de l'inquiétude.

PONTAUBERT, étonné.

Quelle inquiétude?

BRICHANTEAU, le regardant avec un sérieux comique.

Êtes- vous bien sur de vivre, vous?

PONTAUBERT.

En province, on vit sans s'en apercevoir.

BRICHANTEAU

Sans s'en apercevoir? Vous me rassurez! Charmante petite ville, du reste, pleine d'attention pour les étrangers. Je suis entré dans un magasin pour demander un porte cigares, on m'a offert tout l'étalage, et un monsieur qui m'a fait l'effet d'un vieux militaire, m'a gli-sé dans l'oreille : « Nous sommes très bien assortis en coffrets, boîtes à gants, boîtes à bijoux, pour les cadeaux aux demoiselles d'honneur. »

PONTAUBERT, étonné.

Je le reconnais.

BRICHANTEAU

Je vais ailleurs acheter des gants, on me montre des fleurs d'oranger, et on m'apprend, avec des sourires engageants, que l'usage à Montauban veut que les fleurs du corsage soient données par le fiancé.

PONTAUBERT, étonné.

Allons donc !

BRICHANTEAU

Un peu plus loin, je m'arrête devant une boutique de fleurs naturelles avec cette enseigne qui me retient : « A la Pensée des amours ».

76 UN l'ARlSlEX

PONTAUBERT.

Madame Tolosate!

BRIGHANTEAU.

Tolosate elle-même ! Celle-là est venue sans façon à moi et m'a dit qu'elle m'attendait.

PONTAUBERT.

Par exemple !

BRICHANTE AU.

Que je pouvais m'en rapporter à elle, et que je ne m'en plaindrais pas. Elle me traitera comme M. le Préfet.

PONTAUBERT.

Vous lui avez répondu que c'était inutile?

BRIGHANTEAU.

Je lui ai répondu qu'elle me flattait beaucoup.

PONTAUBERT, inquiet.

Comment ?

BRIGHANTEAU.

J'ai poursuivi ma promenade à travers la ville, et j'ai rencontré sept fois la même figure désagréable.

PONTAUBERT.

Chut !

BRIGHANTEAU.

Quoi ?

PONTAUBERT, baissant la voix.

C'est peut-être une de nos autorités, ou un ami.

BRIGHANTEAU.

Eh bien ?

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