ACTE DEUXIÈME
PONTAUBERT.
Il faut être prudent en province.
BRICHANTEAU
Il m'a appris qu'il se nommait Casimir Bombelles.
PONTAUBERT, ahuri.
Bombelles!
BRICHANTEAU
La première fois, il m'a souri ; la seconde, il m'a salué ; la troisième, il m'a abordé pour m'apprendre que nous avions dû nous coudoyer dans le grand courant de la vie parisienne. Je m'échappe par une rue qui me paraissait longue, je le retrouve au bout. Il me confie qu'on lui propose d'épouser une demoiselle légèrement compromise.
PONTAUBERT, à part.
Ma fille !
BRICHANTEAU
Je le félicite et je m'élance du roté de la rivière. Il était sur le pont. J'essaie de fuir : il se campe devant moi, prend un air solennel et d'une voix creuse : « De galant nomme à galant homme, oui ou non, est-ce vrai ? »
TONTAUBERT, vivement.
Que lui avez-vous répondu?
BRICHANTEAU
Je lui ai répondu : « Oui, monsieur, c'est vrai. »
PONTAUBERT, effaré.
Hein ?
BRICHANTEAU
Il est resté pétrifié et j'ai pu revenir tranquille.
PONTAUBERT, à part.
Où allons-nous, mon Dieu ?
BRICHANTEAU
Mais le diable m'emporte si je sais de quoi il a voulu me parler.
PONTAUBERT, à pari.
De Léonide, parbleu !
BRICHANTEAU
D'ailleurs, ça ne m'intéresse pas. Je n'ai pas fini. Je suis allé hier chez les demoiselles Harbouin.
PONTAUBERT.
Ah !
BRICHANTEAU
Pour les remercier d'avoir biea voulu donner l'hospitalité à Geneviève. Une maison noire, une porte basse. J'ai frappé avec un vieux marteau ébréché, on a ouvert un guichet grillé, on l'a refermé violemment et c'a été fini.
PONTAUBEBT.
Ces habitudes de prudence vous étonnent?
BRICHANTEAU
Elles m'ont ramené au moyen âge. Je ne m'en plains pas. J'ai recommencé ce matin. Le guichet a joué de la même façon. Je me suis entêté. Quelques gamins aimables m'ont conseillé de jeter des pierres dans les vitres. On m'a ouvert.
PONTAUBERT.
Ah!
On m'a admis dans un couloir sombre, et là, deux vieilles sorcières échappées du sabbat...
PONTAUBERT, vivement.
Chut!