ACTE DEUXIÈME
BRICHANTEAU, vivement, avec attendrissement.
Non ! oh! non! Je vous en prie! J'ai fait sa connaissance. Il m'a présenté à sa petite famille, qui a piaillé le plus gentiment du monde. Je ne pourrai plus manger une aile de poulet sans émotion. Je penserai à cet ami de la Gascogne.
MADAME PONTAUBERT.
Vous êtes amusant. Permettez-vous à ma fille de travailler à côté de vous ?
BRICHANTEAU, se retournant vers Léonide.
Certainement, mademoiselle.
MADAME PONTAUBERT.
Léonide adore les ouvrages de tapisserie. Prépare tes laines, mon enfant.
LÉONIDE, bas.
Je t'assure que je ne saurai plus.
Elle s'assied.
MADAME PONTAUBERT, de môme.
Pique au hasard, cela suffit... (Haut, a Brichanteau.) Que dites-vous de notre petite ville ?
BRICHANTEAU
Adorable! je me suis promené sur les bords du Tarn. Une bien jolie rivière.
MADAME PONTAUBERT.
N'est-ce pas?
BRICHANTEAU
Jaune, mais jolie. J'ai rencontré de beaux moutons blancs.
MADAME PONTAUBERT.
Voilà ce que vous n'avez pas boulevard des Italiens, vi. 5.
BRICHANTEAU
Ils m'ont tous regardé avec leurs bons yeux ronds attendris. Je ae mangerai plus de côtelettes, et je le regretterai, parce que je les adore.
MADAME PONTAUBERT.
Vous avez une façon d'envisager les choses !
BRICHANTEAU
Je suis trop sensible pour la province. Je ne vois partout que des frères. Je m'y ferai, (changeant de ton.) Je voudrais, ma cousine, vous demander une faveur.
MADAME PONTAUBERT.
Vous me transportez de joie.
BRICHANTEAU
Un laissez-passer pour pénétrer chez les demoiselles Harbouin.
MADAME PONTAUBERT, vivement.
Oh 1 rapportez-vous-en à elles. Ces chères demoiselles s'occupent de votre intéressaute protégée.
BRICHANTEAU
Je voudrais les remercier.
MADAME PONTAUBERT.
Ne les troublons pas dans leur œuvre.
BRICHANTEAU
Quelle œuvre?
MADAME PONTAUBERT.
Mademoiselle Geneviève est déjà transformée.
BRICHANTEAU
Ce n'était pas nécessaire.