I) R I C II Y N T E A U
Moi? J'ai subi de Paris à Monlauban, en moins de vingtquatre heures, plus de rebuffades, plus de réponses malsonnantes, plus de visages renfrognés, plus d'agacements saugrenus, que chez moi pendant toute mon existence !
FRÉDÉRIC
Oh ! vous exagérez !
Oh ! je sais bien, rien ne vous rebute, Parisiens extraordinaires que vous êtes, quand il faut aller jouer aux petits chevaux sur une plage, grimper les mêmes montagnearides, ou visiter les mêmes pays maussades, et vous ne vous apercevez pas que vous avez, sous un climat excellent, une ville aimable et souriante, qui vous donne tous les plaisirs de l'hiver et tous les charmes de l'été avec ses Champs-Elysées et son Bois de Boulogne, la ville la plus hospitalière du monde et la plus calme, quoi qu'on en dise,
parce qu'on s'y seni protégé par l'air ambiant du boulevard, spirituel et sceptique, — un paradis, moins la sainteté. — Non, non, mille fois non, je n'aimerai jamais les voyages.
FRÉDÉRIC
Je n'ose plus vous demander ce que vous pensez de la province.
BRICHANTEAU
Elle a du bon.
FRÉDÉRIC
Ah!
BRICHANTEAU
On n'y a pas d'existence propre ; on représente une fraction d'un tout qui s'appelle Montauban... ou autre chose. Tout ce qui se passe à Montauban vous regarde et tout ce que vous faites regarde Montauban. Vous ne pourriez pas avoir un plaisir pour vous seul, ni une petite misère à part. Les choses désagréables se généralisent et tombent comme la pluie. Rien ne peut vous en garer, mais il y en a pour tout le monde ! C'est adorable !
Pourtant, le bruit a couru au club que vous alliez vous y marier.
BRICHANTEAU
Comment répondre de soi, dans un pays où l'on compromet les demoiselles en regardant la Grande Ourse, où l'on se bat pour les jeunes filles sans le savoir, et où les bouquets de fiancés arrivent tout seuls ! Oui, mon ami, oui. J'ai en ce moment un beau-père futur, une belle-mère future, et une femme future, malgré moi.
FRÉDÉRIC
Et comment l'histoire finira-t-elle ?