ACTE TROISIÈME
MADAME PONTAUBERT.
De Vénus et de Jupiter.
BRICHANTEAU
Aussi. Voilà ce qui m'oblige à épouser mademoiselle votre fille.
MADAME PONTAUBERT.
Mais...
BRICHANTEAU, vivement.
Mais je suis trop gentleman pour m'en plaindre.
SAVOURETTE.
Très bien.
BRICHANTEAU, sur le même ton.
Mademoiselle Pontaubert ne songe pas à m'aimer; je ne songe pas à aimer mademoiselle Pontaubert. Je suis né pour le célibat... Me marier me serait horriblement désagréable.
MADAME PONTAUBERT, interloquée.
Mais...
BRICHANTEAU
Mais je suis trop gentleman pour hésiter. Je me marierai, madame.
SAVOURETTE.
Très bien.
BRICHANTEAU
Mes amis du club me plaisantent déjà : ils disent que je me suis laissé prendre dans vos filets. Les uns croient à mon hymen, les autres n'y croient pas. Les paris sont ouverts, comme aux courses : on prend ma tiancée à cent contre un : je ne le tolérerai pas. J'aurai des duels : je serai peut-être blessé grièvement, plusieurs fois, je serai
peut-être tué, mais ça ne m'arrêtera pas, je suis trop gentleman pour m'en effrayer; je me marierai, madame.
SAVOURETTE.
Très bien.
BRICHANTEAU
Il me sera impossible de devenir un modèle avec une femme que j'aurai épousée seulement comme gentleman. Je devine qu'il m'arrivera la mésaventure qu'on n'aura jamais mieux méritée.
MADAME PONTAUBERT.
Monsieur... ma fille...
BRICHANTEAU, l'interrompant.
Mais vous l'avez dit, je suis trop gentleman pour reculer devant cette misère.
SAVOURETTE, avec élan.
Très bien.
BRICHANTEAU
Et je m'immole d'avance avec grâce, puisque vous m'y condamnez ; je me marierai, madame, mais un peu plus loin, n'est-ce pas?... dans des pays assez sauvages pour que nous puissions tous y braver le ridicule.
MADAME PONTAUBERT, qui ne pouvait plus se contenir, prête
ii se pâmer.
Oh ! Monsieur ! Oh ! Monsieur !
SAVOURETTE, étonné.
Qu'avez-vous, madame ? monsieur ne refuse pas.
MADAME PONTAUBERT, éclatant.
Et monsieur Pontaubert ne trouve rien à répondre?