ACTE PREMIER
couru chez cette respectable personne, et c'est elle qui m'a indiqué cet hôtel, une des demeures les plus aristocratiques de Paris. Le baron de Folny y donnait des bals splendides ; sa galerie de tableaux, qu'il nous laisse, a une réputation européenne, et tout ici 'est si bien disposé pour des fêtes...
ADRIENNE, riant.
Que mon oncle a été forcé d'en donner une.
LA BARONNE
Dont nous ferons les honneurs. Connaissez-vous une façon plus charmante de prouver qu'il vous regarde comme sa fille d'adoption ?
ADRIENNE, viveiiunt.
Il n'a jamais dit cela.
LA BARONNE
Qu'a-t-il besoin de le dire? — Nous sommes ses seules parentes.
ADRIENNE
Il n'est que votre cousin.
LA BARONNE
Germain... Vous êtes sa nièce.
ADRIENNE
A la mode de Bretagne. Et il se mariera peut-être.
LA BARONNE
Votre oncle ?
ADRIENNE
11 n'a que trente-huit ans.
LA BARONNE
Trente-neuf. Je crois même que nous pourrons bientôt dire quarante. On ne passe pas imi)unémcnt la moitié de sa vie dans l'Anith-ique du Sud. D'ailleurs, votre oncle ne cache à personne qu'il veut rester garçon. Qu"a-t-il besoin de femme, puisqu'il a une famille, vous et moi ?
Elle s'assied sur un fauteuil à droite.
138 CHRISTIANE
ADRIENNE, souriant.
Une famille qu'il ne peut aimer beaucoup ; il ne la connaît que depuis trois semaines.
LA BAHONNE.
Robert n'avait que vingt-deux ans quand il a été nommé consul à Rio. Il est devenu ministre plénipotentiaire au Pérou, il était très occupé; il nous a un peu négligées; mais depuis son retour il nous comble.
ADRIENNE, gaiement.
Tenez, ma mère, ces choses-là ne se discutent pas, elles se sentent. Mon oncle n'a aucune affection pour moi.
LA BARONNE, se levant et allant à Adrienne.
Pourquoi est-il revenu d'Amérique ?
ADRIENNE
Parce qu'il était parti. Nous ne savons ce qui s'est passé.
LA BARONNE
Il ne s'est rien passé. Je connais toute son existence.
ADRIENNE, étonnée.
Vous, ma mère?
LA BARONNE
Cette excellente mademoiselle Boin, qui est un peu parente du secrétaire de Robert, a adroitement fait causer ce jeune homme.
ADRIENNE
Mademoiselle Boin s'est permis une grosse indiscrétion.
LA BARONNE
Une personne aussi respectable que mademoiselle Boin peut tout se permettre. Votre oncle est comuie les peuples qu'on (lit heureux : il n'a pas d'histoire.
ADRIENNE, souriant.
C'est un oncle modèle. Et vous en concluez ?
LA BARONNE, s'isseyant sur une chaise près de la table.
J'en conclus que vous avez été plus sage que moi, en refu-