‹ Théâtre complet [de] Edmond GondinetChapitre 128 sur 352 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

ROBERT

Aucune.

Briac et le docli-ur ne peuvent s"enipêcher de rire. ACHILLE.

Ah ! VOUS riez, Briac.

BRIAC

Je n'étais pas à la conversation.

ACHILLE

Vous riez aussi, docteur.

LE DOCTEUR

Moi ! Au contraire.

ACHILLE, se lournanl vers Robert.

Je vais vous dire, en deux mots, ce qui égayé ces messieurs. Il y a deux ans, les bals costumés étaient très à la mode dans notre monde. J'y avais quelques succès, — je porte assez élégamment le costume. Chez mon père, surtout, le succès fut énorme. J'ai eu la fantaisie de faire reproduire ce souvenir par un peintre, un homme de génie, de mes amis. Nous nous sommes brouillés, il a vendu mon portrait. Le baron de Folny, ennemi politique de mon père, l'a acheté à prix d'or, et m'a exposé au beau milieu de sa galerie, en arlequin, (se levant ei se posant en ailequi I.) Jo tiens mon masque d'une main et ma batte de l'autre ; c'est d'une ressemblance !

ROBERT

Je me demandais aussi où j'avais eu l'honneur de vous voir.

ACHILLE, fe ressayant.

C'est là. — (Gravement.) Eli bien, lorsqu'ou est dans ma position, qu'on est destiné à devenir un homme politique» il n'est pas agréable d'étro peint sous ce costume. Comme le dit très bien Anatole, — Anatole de Ferruzac, un de mes bons amis, — on verrait un homme politique en arlequin, dans sa chambre, ce serait tout naturel. Mais en public, non.

164 CHRISTIANE

nOBERT.

V(Hi.s me permettrez, monsieur, de ne pas me prêter à celte mauvaise plaisanterie. Le tableau va être enlevé.

II sonne.

ACHILLE

Oh ! monsieur, oh ! c'est d'un vrai gentleman.

ROBERT, au val.t qui entre.

Vous connaissez l'arlequin qui est dans la galerie ?

LE VALET

Parfaitement, monsieur le comte.

ROBERT

Faites-le enlever et mettez-le à la disposition de M. de Beaubriand.

Le valet traverse et sort par la porte qui s'ouvre sur la galciie. — II la referme. ACHILLE, se levant. — Avec émotion.

D'un vrai gentleman. — C'est maintenant, entre nous, à la vie et à la mort.

ROBERT, siurianl.

Vous allez un peu loin.

Ils se l^venl tous.

ACHILLE

Non, non. Et je voudrais faire quelque chose pour vous, quelque chose de... (avcc conviction.) Permettez-moi de vous présenter à mon père.

ROBERT, souria:it.

Vous êtes trop bon.

Briac rcnionle vers le fond • ACHILLE.

Et je réclame riionneiir de vous servir de cicérone dans le high-life parisien.

Je compte sortir tivs jumi, et, d'ailleurs, j'ai déjà un guide, mon vieil ami d(! Briac.

• Le floclcur, Briac, Aihillc, Uohurl.

ACHILLE, liant, en rjgarJanl Btiac.

Briac n'est pas un guide, Briac est un réfractairc. La vertu de Briac est aussi célèbre dans notre monde que celle de Joseplu

LE DOCTE LU

Qui n'y est pas connu.

ACHILLE

Qui n'y est pas connu. Tout Paris vous racontera l'histoire de Briac et de Clorinde.

BRIAC, voulant l'arrêter.

Je vous en prie.

ACHILLE

C'est une légende. — Briac a été sévère, et Clorinde s'est évanouie.

URIAC.

Vous pouvez railler ; j'ai la conscience d'avoir rendu une honnête femme à la société.

ACHILLE

Très cher, vous faites tort à vos amis. Vous voyez, mon cher comte, que Briac ne vous mènerait à rien. Et cependant, je vais être sincère. Depuis deux heures, j'envie Briac.

BRIAC, éionné.

Moi?

ACHILLE

Oui, VOUS, cher, vous-même. Je vous cherchais pour vous le dire. Je vous envie horriblement. — Avec qui causiezvous donc, entre midi et une heure, boulevard des Capucines ?

BRIAC, inquiet.

Je ne sais.

ACHILLE

Avec la plus ravissante jeune fille qu'on puisse rêver.

BRIACj embarrassé.

C'est-à-dire...

1(36 CHRISTIxVNE

ROIiERT, allant à Briac *.

Voilà que tu rougis, Briac; (luellc est donc cv[[v jounc lille?

ACHILLE

Elle n'a pas encore paru dans le monde, je la connaîtrais.

LE DOCTELH.

Eh bien, Briac ?

BRIAC

Que vous importe une jeune persorme dans une situation modeste ?

ACU ILLE.

Ah! vous mentez, Briac. Nous surprenons Briac en ilagrant délit de mensonge. — Cela devient piquant.

BRIAC, très eiiibarrass ■•

.Je vous assure...

ACHILLi:.

Cette jeune pei'sonne, de condition modeste, était suivie d'une gouvernante et venait de descendre d'une superbe calèche, attelée de deux pur-sang. Et voici ce qui s'était passé : ça me parait très béte à raconter, c'était adorable à

voir, (uriac va s'asseoir au fond, ù gauche, le docle;ir reste iloboiil, Robert montre un siège à Acliille et ils s'assoient tous deux ''^^''.j II y avait toulc

au boulevard des Capucines, une foule qui attendait je ne sais (juoi et qui s'ennuyait d'attendre. Un vieillard essaye de passer, long, sec, maigre, démodé de costume, encore plus démodé de tournure, une ruine! on se met à rire, il se retourne avec un mouvement de fierté si prodigieusement coinifiue sous cet habit râpé, que la gaieté devient du délire t| <|ue la cruauté s'en mêle. On le suit, on le heurte, on le liarcèle. On riait plus lorl, je riais aussi, Anatole se tordait, — Anatole de Ferruzac. — El le pauvre vieillard, alloh', perdait la tête. C'était d'un drôle! (se levant.) Quand tout à

• Ledoctuur, Briac, Ruljuil, Acliillo.

•* Briac assis au fond, à gauciic, le (ioclour dcboul, Ryboit et Achille as^is.

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