ACTE PUEMIER
siicnc, Biiac va à lui.) Cela cst ti'ès doulourcux, saiis douU' ; je te plains de toute mon unie. Mais qu'y pouvons-nous?
ROIîERT, accablé.
Tu as raison. Je suis un égoïste.
Il tombe sur une chaise à gauche.
BRIAC, s" asseyant à côté de lui.
Tu comprends maintenant pourquoi je te suppliais de repartir.
ROBERT
Repartir ?
Ta présence ici est un danger, tu te trahirais.
ROBERT
Non. .Je te jure que je ne me trahirai pas. Tu vois bien que je t'ai compris, tu vois bien que je suis calme. Il y a un homme qu'elle appelle son père, qu'elle aime comme son père, et elle ne me connaît pas, elle ne doit pas me connaître. Cela est juste, cela est bien, il faut que cela soit ainsi. Mais, au moins, je suis à Paris, comme elle ; je la verrai passer quelquefois ; je la suivrai, de loin, sans me montrer ; j'entendrai peut-être sa voix. (Baissant la voix et avec prière.) Jc voudraîs bien lui parler.
BRIAC
Jamais ! Jamais ! Tout ce que tu me dis m'épouvante. Tu nous perdras.
ROBERT
Ne te fâche pas. Je n'ai que toi au monde pour me parler d'elle.
BRIAC
Eh bien, sois courageux ; on ne soi-t d'une position fausse que par la fuite. Retourne en Amérique, va-t'en.
ROBERT
Je ne suis pourtant pas bien exigeant.
BRIAC
As-tu calculé ce que nous coûterait une imprudence ?
172 CHRISTIAMÏ
Tu ne songes qu'à elle. Tu as de la tendresse pour elle, tu nie l'as avoué. Tous ceux qui la voient sont charmés. Ce Beaubriand lui-même n'a pu raconter ce qu'elle avait fait, sans émotion, et tu ne veux pas que moi, — moi ! — je l'aime un peu aussi ! — Comment se nomme-t-elle ? Je ne sais même pas son nom.
BRIAC, très ému ni^lçré lui.
Tu vois bien, tu veux tout savoir.
Il se lève.
ROBERT, touj ours assis.
Ah ! tu me comprends enfin, puisque tu pleures.
BRIAC
Moi ? Non, — je pleure peut-être, — mais je ne faiblirai pas.
ROBERT, OTec douleur.
.Je lui fais pitié, voilà tout.