ACTE TROISIEME
MAUBRAY
Le fils du marquis de Kerhuon ne peut pas épouser la fille du banquier Maubray.
ROBERT
Le marquis de Kerhuon n'a pas les préjugés que vous lui attribuez. 11 lui suffit que le beau-père de son fils soit un honnête homme.
MAUBRAY
Et vous répondriez de moi?
ROBERT
Oui
MAUBRAY
Eh bien, monsieur le comte, vous le regretteriez demain.
ROBERT
Pourquoi?
Parce que demain vous aurez à me poursuivre.
ROBERT
Que voulez-vous dire?
MAUBRAY
Vous avez commencé une procédure contre M. de Senoncourt?
ROBERT
Oui, M. de Senoncourt est un...
MAUBRAY, r interrompant.
Attendez le jugement, monsieur le comte. Senoncourt n'est pas sérieux, Senoncourt n'existe pas, Senoncourt c'est moi.
ROBERT, interdit.
C'est vous !
MAUBRAY
C'est moi que vous allez ruiner, monsieur le comte; et si vous aviez à me reprocher quelquefois un peu de froideur, n'en soyez pas surpris : en voilà la cause.
25i CHUISTIANE
ROUERT.
Qii l\uRlrait-il pour vous sauver?
MAUBRAY
Je ne veux pas être sauvé. Les gens qu'on sauve sont perdus.
RORERT, nllanl à lui.
Dites-moi ce que vous ^oulez.
MAURRAY.
Ce que je veux? mais je veux que vous lassiez votre devoir et que vous suiviez les inspirations de votre conscience. Vous ne supposez pas que je vous demande grâce. 11 serait un peu tard, d'ailleurs. Votre rai>p(nt a déjà été annoncé au ministre.
Par qui?
MAUBRAY
Par moi.
ROBERT
Conmuiil ?
MAUBRAY
J'ai hâte d'être jugé, puisque je suis accusé.
ROBERT
Jugé! mais voti'C nom sorlii-ait tlétri de ces débals.
MAUBRAY
Que vous importe mon nom?
ROBERT
Votre honneui' serait atleinl.
Que vous fait mon Jionneur? Je mets mon honneur audessus de paix'ilics atteintes. — Je n'ai jamais l'ait dans ma vie que ce que je croyais devoir faire. Mais la morale varie un peu, selon les milieux où l'on se trouve. Dans votre monde, on ne tourne pas le dos à un gentilhomme qui a tué son ami, s'il l'a Im' dans un duel, le {ilus inégal des