‹ Théâtre complet [de] Edmond GondinetChapitre 205 sur 352 · SCÈNE V Les Mêmes, ACHILLE · texte numérisé non relu

SCÈNE V Les Mêmes, ACHILLE

Achille, en costume noir, grave et compassé, s'avance froidement. Fobert fait signe au valet de chambre d'approcher un fauteuil.

ACHILLE

Excusez-moi, mon cher comte, si j'ai insisté pour entrer. — Vous m'avez autorisé à vous traiter en ami, et je viens vous demander la plus grande preuve d'amitié qu'un homme puisse donner.

Je me retire.

ACHILLE

Vous pouvez rester, Briac. — (a Robert.) Il s'agit d'une afïaire d'honneur.

ROBERT

Ah!

Achille s'assied sur un fauteuil, au milieu du salon. Robert est assis près de la table, et Briac devant la table, à gauche *.

ACHILLE

J'ai été provoqué ce matin.

BRIAC

Vous !

ACHILLE

Je ne sais, mon cher comte, ce que vous pensez du duel.

ROBERT

Je n'ai pas le courage de le blâmer, et puisque nous faisons de la vie l'usage que vous savez, il ne me déplaît pas qu'on la joue comme si on la méprisait.

ACHILLE

C'est parfaitement mon avis. Je tiens absolument à me battre ; j'ai d'ailleurs un adversaire qui me plaît, le jeune de Kerhuon.

* Briac, Robert, Achille.

274 CHRISTIANE

ROBKRT, lins, à Briac.

Henry ! — Je me trompais.

BRlAC, lie même.

Tu rapprouves ?

ROBERT

Certes, je l'approuve.

ACHILLE

Il me reste à vous donner le motif de sa provocation.

ROBERT

Le molii"?

ACHILLE

Je vous ai dit que j'étais le concurrent du marquis de Kerhuon au conseil général : le préfet me soutient énergiquement, j'ai un chemin de fer...

BRIAC

Vous devez l'emporter.

ACHILLE

Je dois l'emporter. Mais le marquis est très aimi', il a des partisans ({ui s'obslinent : il fallait donc démolir sa candidature. J'ai inventé avec le sous-préfet, — un homme d'esprit, qui arrivera, — quelques bonnes plaisanteries que nous avons conQées aux gardes champêtres. Ces représentants de l'autorité ne connaissent que la consigne ; ils ont peut-être exagéré ; le fils (hi marquis a l'air de pi'ondre ces ciioses-lù au sérieux et m'envoie deux témoins.

ROBERT

N'est-ce pas son droit ?

Comment, son droit? mais alors, il n'y a plus d'élections possibles. Supprimons le suffrage universel.

ROBERT, \ivLMin;iil.

Vous n'udmeltez pas que M. de Kerhuon \ous demande Une réparation pour avoir fait calomnier son père ?

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