ACTE TROISIÈME
STEFANO
iNe craignez rien !... Je suis Portugais, c'est-ù-dirc clieva- •^ leresque... et discret comme un Apollon de marbre.
CELESTE, à pari.
Une allusion aux lettres de Carpiquel.
Mais vous ne pouvez me défendre de vous rappeler votre promesse...
CÉLESTE
Je vous ai promis quelque chose ?
STEFANO
Vous m'avez écrit : « Je suis à vous ! »
CÉLESTE
Moi?
STEFANO
Céleste !
CÉLESTE
Monsieur !
STEFANO
Ce nom est doux comme l'aile d'une colombe !
CÉLESTE
Je vous prie, monsieur, de prendre un autre ton !
Elle se lève.
STEFANO, après avoir regardé toutes les portes, se rapprochant de Céleste.
Est-ce qu'on nous écoute ?
CÉLESTE
Vous avez pu vous méprendre, parce que je ne vous ai pas dit tout de suite qui j'étais et ce que j'étais 1
Je vous pardonne ; vous veniez de m'apparaitre ravissante dans les bains mixtes.
CÉLESTE
Il est inutile de rappeler ça !
STEFANO
Et quand vous êtes sortie de l'océan, comme Vénus elle-même...
CÉLESTE
Assez, monsieur, (a iian.) Ahl s'il n'avait pas les lettres de Carpiquel !
STEFANO
Dans ce costume indiscret qui donne aux femmes un eni- ^ barras charmant.
CÉLESTE
Oui, monsieur, j'étais embarrassée... cruellement embarrassée, parce que, dans l'eau, je vous avais pris pour mon mari...
STEFANO, Tivement.
Ne me dites pas cela, c'est la pire des injures !
CÉLESTE
Je vous ai montré M. Grimoine qui passait...
STEFANO
Et je vous ai prise pour madame Grimoine. Erreur dont mon cœur n'est pas complice. Grimoine ou Champanet, c'est toujours vous... Céleste ! Céleste !
CÉLESTE, à part.
Ah ! s'il n'avait pas mes lettres ! (iiaut.) Je vous prie, monsieur, de me faire la grâce de causer froidement.
Elle s'assied près de la table.
STEFANO
Alors, il faudra dompter ma nature. — Je la dompterai.
(Il va prendre une chaise au coin du canapé et l'apporte avec un calme affecté tout près de Céleste. Sur un mouvement de celle-ci, il recule sa chaise, puis s'assied.)
Je la dompterai. Je vous écoute, madame.