‹ Théâtre complet [de] Edmond GondinetChapitre 347 sur 352 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

CÉLESTE

Le hasard vous a fait trouver mon sac de voyage.

STEFANO

Je vous l'ai rapporté, madame.

CÉLESTE

Mais vous l'aviez ouvert.

STEFANO

Il s'est ouvert tout seul... plusieurs fois... Il ne ferme pas bien.

CÉLESTE

Vous y avez pris quelque chose.

STEFANO

Oui, j'y ai pris vos gants, pour les baiser, la trace de mes moustaches y est encore, mais je les avais remis à la même place et je les ai retrouvés tantôt, à la porte de M. Carpiquel.

CÉLESTE, interloquée.

De M. Carpiquel !

STEFANO

Je sais tout, madame !

CÉLESTE, ùpart.

Nous y voilà !

STEFANO

J'ai revu mademoiselle Olympia, j'ai causé avec elle et j'ai tout compris. Les hommes du midi comprennent vite.

CÉLESTE, à pari.

Quelle humiliation !

STEFANO

Vous avez voulu surprendre votre mari.

CÉLESTE

Hein!

STEFANO

Qui se disait garçon. II a dit à Olympia qu'il était garçon. Madame, cet homme est indigne de vous.

CÉLESTE

Mais, monsieur...

Il vous préfère une Olympia Frémichet !

CÉLESTE, se levant.

Lui!

STEFANO

Qui était la maîtresse de son ami, M. Grimoine !

CÉLESTE

De M. Grimoine !

STEFANO, se levant.

Et à laquelle il donnait des rendez-vous chez son secrétaire ! Vous l'y avez vu. Il vous a offert son bras pour vous faire échapper... parce que j'étais là... Il a été grotesque... J'en bénis le ciel !... mais il vous a donné le droit de vous venger!... Vengez- vous... vengeons-nous!

CÉLESTE

J'espère, monsieur, que vous n'abuserez pas d'un secret... que vous devez à une indiscrétion...

STEFANO

Une indiscrétion que je bénis !

CÉLESTE

Monsieur, vous avex parlé de vos sentiments chevaleresques...

STEFANO

J'en parlerai encore.

CÉLESTE

Eh bien, monsieur, en France, un galant homme se croi rait déshonoré s'il gardait une seule lettre...

S T E F A N 0 , arec déchirement.

Vous voulez me la reprendre ?

CÉLESTE

Je ne veux rien... j'attends pour vous juger, (a part.) Je crois que c'est adroit, cela !

STEFANO, après un moment de silence, prend une lettre, remi)ras;-e avec passion, et la lui présente.

Voici, madame !

CÉLESTE

Ah!

STEFAXO.

Je l'aurais toujours portée sur mon cœur !

CELESTE, étonnée de recevoir une seule lettre.

Une seule !... (Lisant.) « A la mer, je ne m'appartenais pas... Ici, je suis à vous. i>

STEFANO, avec transport.

« Je suis à VOUS 1 — Céleste ! »

CÉLESTE

Mais, monsieur, cette lettre n'était pas pour nous.

STEFANO

Pas pour moi !

CÉLESTE

Elle était pour mon notaire.

Votre notaire !

CÉLESTE

Oui, monsieur, oui.

STEFANO

Il vous plaît de me précipiter du septième ciel !

CÉLESTE

Ce sont les autres qu'il me faut, les autres !

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