CATHERINE, ADHÉMAR
Bonjour, mademoiselle ; comment vous étes-vous portée depuis la dernière iw que... j'ai eu Thonneur de vous voir?
GA\"ERINE) sèchement.
Très-bien, monsieur^ parfaitement. J'ai une santé admirable, ne vous en inquiétez jamais.
ADRÉMAR.
Est-ce que je vous dérange, mademoiselle?
CATHERINE
Pas le moins du monde. Comment troavez-yoas Paris?
ADHÉMAB) s'asseyant sar la chaise près de la table.
Une merveille! Seulement, il y a tant de choses à voir, qu'on ne trouve pas un moment pour voir les personnes que...
CATHERINE
Ne vous excusez pas... Allez-vous beaucoup au théâtre? Pardon! J'oubliais... vos dévotions doivent vous prendre beaucoup de temps?
ADHÉMAR
Beaucoup.
Catherine.
Vous êtes trop aimable de leur dérober pour moi des instants précieux. C'est l'heure de vêpres, je crois ; je ne vous retiens pas.
ADfiÉMAR, se levaot.
Il serait plus simple, ma cousine, de me dire que je vous gène.
CATHERINE, se lerant.
Vous avez raison. Pardonnez-moi.. « je suis agacée... irritée.
AttHÉMAR.
Contre moi?
CATHERINE
Pourquoi contre vous?
ADËÉMAlt.
Vous on avei l'air... On dirait que M. de Salùte- Agathe à passé par là.
CAtRERlNk.
Il est venu, en effet.
IGTE PREMIER. ]Kr>
ADHÉHàR.
Tout s*explique. Je vous prie de croire que je no siii.^ pour rien...
Catherine.
Mais, encore un coup, vous n*êtcs pas en cause, monsieur; s'il faut tout vous dire, je suis nerveuse parce «juo jo viens de mettre à la porte. . . un insolent.
ADHÉMAR, riyemeut.
On TOUS a insultée ? qui?
CATHERINE
Vous m'en demandez trop.
Mais il me semble que cela me regarde un peu. Je suis ici le seul représentant de la famille; qui vous manque, nous manque à tous, et je ne souffrirai pas...
CATHERINE
Calmez-vous, c'est un fournisseur...
ADHÉMAR
Alors, ma petite rodomontade est assez ridicule.
CATHERINE
Non pas... Elle m'a fait plaisir... Franchement, je ne m'y attendais pas.
ADHÉMAR
Vous ayez donc bien mauvaise opinion de moi?
CATHERINE
J'en avais une assez médiocre, j'en conviens ; mais je ne demande qu'à revenir.
ADHÉMAR
Jf vous en prie, car vous m'êtes trcs-pympathique, et je
serais heureux de pousser avec vous la parenté jusqu'à l'amitié.
CATHERINE
On ne le dirait guère à la rareté de vos visites.
ADHÉMAR
J'ai peut-être une bonne raison pour ne pas venir plos souvent.
CATHERINE
Je ne comprends pas.
ADHÉMAR
Ce n'est pas clair, en effet. Au fait, pourquoi ne prendrais-je pas les devants sur M. de Sainte-Agathe? — Mademoiselle, j'ai l'honneur de vous demander votre main
CATHERINE, trUtemeot.
Vous aussi 1
ADHÉMAR
On ne m'a pas envoyé à Paris pour autre chose.
CATHERINE, aiiiie près de la table.
Mais je ne veux pas me marier!
ADHÉMAR
Soyez tranquille, moi non plus.
CATHERINE
Pourquoi étes-vous venu, alors?
ADHÉMAR, a'aiseyaat ea faea d'elle.
Je vais vous dire : je nourrissais une folle envie de voir Paris. N'est-ce pas absurde, à vingt-cinq ans, de ne pas connaitre la grand' ville?
CATHERINE
Vous n'avez que vingt-cinq ans? On m'avait dit vingthuit.
ADHÉMAB.
Pour les besoins de la cause. — Or, ce mariage était une chance unique et inespérée de me satisfaire, et j'ai dit amen à tout ce qu'on a voulu, sous réserve mentale de n'agir qu'à ma tèle. Tiens! pourquoi m'ont-ils enseigné la réserve mentale!
CATHERINE, riant.
Vous la retournez contre vos maîtres !
ADHÉMAR
Contre eux seuls, je vous prie de le croire.
CATHERINE
Et vous abusez de la confiance de vos parents!
ADHÉMAR
J'en abuse 1 Tant pis pour eux, c'est leur faute I Si vous saviez quelle vie de séminariste je menais là-bas! Traité en écolier, à mon âge ! Les réunions dévotes I le boston le soir, avec de vieilles dames ! Cinquante francs par mois pour mes bonnes œuvres... les seules d'ailleurs qu'une surveillance monastique me laissât la liberté d'accomplir!.. Ce n'était pas gai, je vous assure. Aussi, quand je vis miroiter devant moi un voyage à Paris avec une somme rondelette à ma disposition, je me crus le maître du monde et je partis, me promettant de ne rien faire pour capter votre bienveillance ; car, malgré tous les raisonnements de M. de Sainte -Agathe, je ne trouve pas propre d'épouser ime femme pour son argent; c'est même cette pensée qui m'a empêché de devenir amoureux de vous... Pourquoi riez-vous?
CATHERINE
Parce que je suis contente. Voilà enfin un homme de
cœur. (Lnl tendant les deux mains par-dessns la table.) BoUJOUr, COUSÎU.
C'est bien le même sang que nous avons dans les veines, ce bon sang qui ne peut mentir... Mais que dirait M. de Sainte- Agathe s'il découvrait que son élève est un brave garçon?
ÀOHÉMAR, debout.
J'en frémis. 11 ferait son rapport à mon auguste funiillc, qui me rappellerait dare dare à Yaltravers, ce château de la Vieille au bois dormant.
GATHERINB.
Et TOUS n'êtes pas pressé de quitter Paris?
ADHÉMAR
Oh non! je m'amuse l!.. comme je ne l'avais pas fait depuis vingt-cinq ans... J'avais quelques lettres de recommandation pour d'anciens amis de mon père. Ces messieurs ont des ûls très-gentils qui se sont chargés de me comaquer (un mot que je connaissais pas). Ils m'ont présenté à leur cercla (a part.) et ailleurs (Haut.), et je rattrape le temps perdu, je vous en réponds. Oh! non, je ne suis pas pressé de retourner là-bas! J'aurai même un petit service à vous demander... quand nous serons tout à fait bons amis.
CATHERINE
Tout de suite, alors.
ADHÉMAR
Vrai?
CATHERINE, s'asieyaot à gauche.
Très-vrai, je vous écoute ..
ADHÉMAR
Eh bien, je flaire que M. de Sainte-Agathe ne tardera pas à vous offrir ma main. Vous comprenez... je suis bien obligé de lui laisser croire que je vous fais une cour assidue et que je ne vous déplais pas. Si vous répondez non, c'est fait <]o moi, on me rapatrie.
CATHERINE
Je ne peux pourtant pas répondre oui.