‹ Théâtre complet de Émile Augier (volume 2)Chapitre 180 sur 320 · MARIE, JEAN · texte numérisé non relu

MARIE, JEAN

JEAN

Est-ce vrai, Marie, ce qu'on vient de me dire ? Tu doutes de ma tendresse? N'es-tu pas ma sœur et ma femme? Tu n'étais encore qu'une enfant que je te regardais déjà comme h compagne de ma vie : qu'y a-t-il de changé entre nous? Je n'ai pas cessé de voir en toi le couronnement et le prix de ma destinée. Ce qu'un jour je décrivais d'Afrique est et

ra toujours la vérité. T'en souviens-tu, de cette lettre?

MARIE

C'était la veille du jour où tu fus mis à l'ordre de l'ar. mée... 0 chère lettre! je la sais par cœur: «Nous nous 1 attons demain, je pense à toi, et jamais je n'ai mieux senti à quel point tu m'es chère. Sois tranquille, je sais ce que je duis à mon pays, à mon nom, à ta tendresse : vous serez tous content? de moilà-hasl.. »

JEAN

Cette lettre, je l'écrirais encore aujourd'hui. C'est à toi que je penserais, tu serais encore à l'heure du danger ma force et mon espoir. Et pourtant, tu as douté de moi ?

•s ■^ MARIE.

Je te VOIS depuis quelque temps si triste, si distrait, si rêveur 1 Toutes tes dernières lettres n'étaient remplies que des enchantements de ton prochain retour. Tu t'exaltais, tu

3lâ JEAN DE THOMMERAY.

t'attendrissais à la pensée de retrouver les joies de la maison : tes bras impatients s'ouvraient déjà pour les saisir. Eh bien, tu les as retrouvées, ces joies si longtemps regrettées; tu \hf^ as retrouvées telles absolument que tu les avais laissées, fous les cœurs qui t'aimaient te chérissent comme par le passé ; le bonheur t'attendait ici, et pourtant tu n*as pas l'air heureux.

JEAN

Où prends-tu cela ? Je ne suis ni distrait, ni triste, ni rêveur. Je suis heureux, je t'aime! mais ne trouves-tu pas comme moi que l'existence qu'on mène ici est un peu monotone dans son immuable sérénité ?

MÀBIE.

Que te dirai-je, mon ami ? J'ai grandi dans ta famille, entourée de soins, d'amour et de respect; ta mère m*a rendu la mienne, ton père est devenu le mien ; comment veux-tu que je me lasse d'une existence si douce et si keureuse?

JEAN

Tu n'as jamais souhaité de voir un peu le monde? Tu n'aimerais pas à quitter ce château, ne fût-ce que pour avoir la joie d'y revenir ?

MARIB.

Je n*j avais jamais pensé.

Quand nous serons mariés, nous voyagerons, n'est-ce pas ?

MARIE

Nous ferons tout ce qui te plaira.

JEAN

Nous irons en Italie (

MARIS

Nous irons où tu voudras aller... en Italie, en Chine, tu Japon.

ÀCTB PàEMIBÀ. dl3

JEAN

Oui I au Japon !

MARIE

C'est dit, mais souffre que d*abord j'aille faire un peu de toilette; je né veux pas qu'après cinq ans d'absence^ nos frères me trouvent seulement grandie.

JEAN

Va, chère enfant! . . Tu n'es plus inquiète î

VARIE, da h«at da perron*

Non ! puisque tu m'aimes.

JEAN

Tu en es bien sûre?

MARIE

Oui! puisque tu me le dis.

Elle rentre daat la maitoo.

JEAN.'

Bonne petite sœur!.. Oui, certes, je t'aime... mais le fait est que je m'ennuie bien !

Il s'assied sar nn baae.

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