‹ Théâtre complet de Émile Augier (volume 2)Chapitre 182 sur 320 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

JEA.N.

Voulez-TQUS entrer dans la maison pour attendre mon père^

H0RTEKS8, regardant la fa^jade.

Nous sommes bien ici. — Très-joli, ce château! heaucouo de caractère.

JEAN

Il me semble qu*ea fait de château, vous n'avez rien à envier à personne.

HORTENSK.

Oh ! le mien a Tair d'une caserne. Je n'y suis que depuis hier, et je m'y suis déjà ennuyée quarante-huit heures.

JEAN

Êtes-vous donc de celles pour qui la campagne compte double ?

HORTENSB.

Non; mais j'aime mieux la mer.

JEAN

Elle n'est pas loin d'ici.

HORTENSB.

Pas loin d'ici, Biarritz ou Trouville? Cependant votre ch&te^u me raccommode avec la Bretagne ; rien de plu? pittoresque... Ces vieilles tours, ce manteau de lierre... Beaucoup de cachet. Vous habitez là une partie de Tannée 't

JEAN

ToniA Tannée.

HORTENSB,

Prrr... An mois de janvier!.. Sans indiscrétion, à quoi poaVez-vous passer le temps?

316 JEAN DE THOMMERàT.

JEAN

Mon Dieu! madame, je vais bien vous surprendre; noas vivons en famille, étroitement unis. Je chasse, vous le saviez déjà. Je monte à cheval, je m'occupe de la terre. Les journées passent vile; mon père et moi nous visitons nos paysans ; ma mère répand autour d'elle la sérénité de son âme y elle s'applique aux soins domestiques et gouverne la maison avec grâce et autorité.

HORTENSB, à part.

Serait-ce une leçon? (Haot.) Et vous ne vous ennuyez pas? Cette vie rustique vous suffit?

JEAN

Je mentirais si je disais que je n'ai pas souvent de vagues aspirations vers un genre de vie moins paisible et moins uniforme; j'ai parfois d'étranges visions! mais elles sont si fugitives que mon esprit n'en est jamais sérieusement troublé.

HORTENSB, à part.

Il est singulier.

JEAN

Mais vous, madame, c'est à Paris que vous vivez? Vous venez rarement dans ce pays. C'est la première fois que j*ai l'honneur de vous y voir.

HORTENSE

C'est la première fois que j'y viens, en effet. J'y possdde une terre dont M. de Montlouis n'a ni le temps ni le goût de s'occuper. J'ai pris le parti de m'en occuper moi-même, et c'est précisément ce qui m'amène auprès de monsieur yotre père.

Ainsi, madame, jeune eit belle comme vous Viè^i, c'est pour affaires que vous vous êtes enfin décidée à visiter nos landes et nos bois?

Page 1