‹ Théâtre complet de Émile Augier (volume 2)Chapitre 21 sur 320 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

PauI ett en train de faire le portrait de Camille. Il travaille, assis devant uo petit chevalet. Camille est assise en face de lui, et pose. Forestier est assis derrière Paul et le regarde -faire.

PAUL) à sou père.

Elle a des tons nacrés qui font mon désespoir.

CAMILLE

C'est donc laid?

Non, madame...

?AUL| à Camille qui se lère*

Eli bien?

CAMILLE

Je voudrais voir.

PAUL

Pas eucore... Voyons, modèle, à cette pose !

38 PAUL FORESTIEK.

CAMILLE

Que je me sois levée au moins pour quelque chose.

Elle lui renverse la tète et l'embrasse an front. PAUL.

En place !

.- CAMILLE, allant se rasseoir .

^y-^'^, î^ii — ^ Après ttois mois,^ ces mariS) quels tyrans l

^' ,^..^ -^ ^^ ^ rv ■ ^ " '^ ^ " 'f OR^STIER. ■

Trois septembre, oui.

Trois mois !

PAUL

Silence dans les rangs.

CAMILLE

Pas parler?

PAUL

Non... je tiens cette bouche...

Vermeille,

CAMILLE

Mais écouter ? je peux?... Tu ne tiens pas l'oreille?

PAUL

Tu peux.

CAMILLE, à Forestier.

Racontez-moi des nouvelles, papa.

Lesquelles ?

iClEBJSUXIÈMii. àd

CommtfBi m le procès d« Léa T

Il va... mais sa fortune y court grosse aventure. L'héritier du mari nous fait une ouveriure Qui vaut mieux, selon moi, qii*un,procès incertain, Et pour en conférer je l'attends ce matin.

PAUL

Et Léa? Tu ne peux rien conclure sans elle.

FQRBSTIER.

Ma dernière dépèche en hâte la rappelle.

CAMILLE, se levant.

Mais d'un moment à l'autre alors on va la voir? Quel plaisir ! qu'en dis-tu, Paul ?

PAUL

Qu'il faut te rasseoir.

CAMILLE, M raaseyant*

Ce flegme! '

PAUL

Son retour n'a rien qui me remue.^^^

CAMILLE

Pauvre tante ! cinq mois que nous ne l'avons vue t

PAUL

Elle ne manquait pas à mon bonheur.

CAMILLE

Eh bien, \

Tant pis pour vous, monsieur : elle manquait au mieB.i

Je la croyais complet

î>AtJL I'*OREStlEtt.

CAMILLE

Non ! je n'avais personne A qui le raconter.

( Bien répondu, mignonne;

H^ V '^ Mais crois-tu que ce soit un récit très-pressant r'^'^ * Lorsque son deuil de yeuve est encore si récent?

"fâ^^ CAMILLE.

Son mari, disait-on...

Elle avait à s'en plaindre ; Mais tout ressentiment par la mort doit s'éteindre. Ne lui raconte rien, crois-moi ; les bonnes gens N'étalent pas leur luxe aux yeux des indigents.

PAUL

Des sensibilités à ce point délicates

Chez madame de Clers ? Je crois que tu la flattes ;

Qui se soucie autant d'un mort... que d'un vivant.

C'est l'âme la plus noble et la plus généreuse !

PAUL

Alors, de ton bonheur elle serait heureuse^

FORESTIER, à Camilto.

Dans le doute tais- toi, dit la Sagesse.

CAMILLE

A moins Qu'elle ne m'interroge.

PAUL

Auquel cas, je t'enjoinsi

^T^^^'" ^ ACTE DEUXIÈME. il

Mon enfant, de ne pas jouer à cache-cache, ^ Car j*adore ma femme et je veux qu*on le sache.

FORESTIER, à Ccciille.

Pourquoi cette rougeur et ce front interdit?

CAMILLE

-^ Il vient de dire un mot qu'il n'avait jamais dit

PAUL

Oh ! ne bouge pas...

A Forestier.

Vois comme ça se compose I Je yeux la faire ainsi... Bon 1 elle nerd sa pose.. . Je la retrouverai...

Se levant.

Va tordre à ton chignon, Ton collier de corail, pour réveiller le ton. — Nous allons cette fois faire de bon orvrage.

Tu veux recommencer^ce portrait?

CAMILLE, qni s'est rapprochée da chevalet .

Quel dommage !

Comme j'étais flattée I... Es- tu gentil!... Merc^

PAUL

De quoi? de te flatter?

CAMILLE

Non .. de me voir ainsi.

Ti] n'es pas autrement.

CAMILLE

Tant pis.

PAUL

Que cbante-t-eUe ..

PAUL

Elle est parfaite, La pauvre enfant.

Le ciel exprès pour toi l'a faite.

PAUL

Exprès pour nous.

Gommenti pour nous?

PAUL

Oui, pour nous deux Conyiena qu'en Tépousant j*ai comblé tous tes yoriit.

Les tiens aussi, j*espère.

PAUL

Oh! les miens cette année, Cher père, n'étaient pas tournés vers Thyménée. De mes moulins à vent encore tout moulu. Mon cœur ne demandait qu'un repos absolu.

Je ne te pressais pas, rends-moi ce témoignage ; Nous parlions vaguement, un soir, de mariage, Souviens-t'en; je nommai Camille fort en l'air...

PAUL

Mais son nom prononcé pour moi fut un^Jair; Je sentis dans ce cœur, mort à toute espérance Battre la passion de la reconnaissance.

Et, m'enthousiasmant soudain de mon devoir Je voulus te payer ma dette sans sjirseoir.

Quel devoir? quelle dette?

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