SCÈNE PREMIÈRE
PauI ett en train de faire le portrait de Camille. Il travaille, assis devant uo petit chevalet. Camille est assise en face de lui, et pose. Forestier est assis derrière Paul et le regarde -faire.
PAUL) à sou père.
Elle a des tons nacrés qui font mon désespoir.
CAMILLE
C'est donc laid?
Non, madame...
?AUL| à Camille qui se lère*
Eli bien?
CAMILLE
Je voudrais voir.
PAUL
Pas eucore... Voyons, modèle, à cette pose !
38 PAUL FORESTIEK.
CAMILLE
Que je me sois levée au moins pour quelque chose.
Elle lui renverse la tète et l'embrasse an front. PAUL.
En place !
.- CAMILLE, allant se rasseoir .
^y-^'^, î^ii — ^ Après ttois mois,^ ces mariS) quels tyrans l
^' ,^..^ -^ ^^ ^ rv ■ ^ " '^ ^ " 'f OR^STIER. ■
Trois septembre, oui.
Trois mois !
PAUL
Silence dans les rangs.
CAMILLE
Pas parler?
PAUL
Non... je tiens cette bouche...
Vermeille,
CAMILLE
Mais écouter ? je peux?... Tu ne tiens pas l'oreille?
PAUL
Tu peux.
CAMILLE, à Forestier.
Racontez-moi des nouvelles, papa.
Lesquelles ?
iClEBJSUXIÈMii. àd
CommtfBi m le procès d« Léa T
Il va... mais sa fortune y court grosse aventure. L'héritier du mari nous fait une ouveriure Qui vaut mieux, selon moi, qii*un,procès incertain, Et pour en conférer je l'attends ce matin.
PAUL
Et Léa? Tu ne peux rien conclure sans elle.
FQRBSTIER.
Ma dernière dépèche en hâte la rappelle.
CAMILLE, se levant.
Mais d'un moment à l'autre alors on va la voir? Quel plaisir ! qu'en dis-tu, Paul ?
PAUL
Qu'il faut te rasseoir.
CAMILLE, M raaseyant*
Ce flegme! '
PAUL
Son retour n'a rien qui me remue.^^^
CAMILLE
Pauvre tante ! cinq mois que nous ne l'avons vue t
PAUL
Elle ne manquait pas à mon bonheur.
CAMILLE
Eh bien, \
Tant pis pour vous, monsieur : elle manquait au mieB.i
Je la croyais complet
î>AtJL I'*OREStlEtt.
CAMILLE
Non ! je n'avais personne A qui le raconter.
( Bien répondu, mignonne;
H^ V '^ Mais crois-tu que ce soit un récit très-pressant r'^'^ * Lorsque son deuil de yeuve est encore si récent?
"fâ^^ CAMILLE.
Son mari, disait-on...
Elle avait à s'en plaindre ; Mais tout ressentiment par la mort doit s'éteindre. Ne lui raconte rien, crois-moi ; les bonnes gens N'étalent pas leur luxe aux yeux des indigents.
PAUL
Des sensibilités à ce point délicates
Chez madame de Clers ? Je crois que tu la flattes ;
Qui se soucie autant d'un mort... que d'un vivant.
C'est l'âme la plus noble et la plus généreuse !
PAUL
Alors, de ton bonheur elle serait heureuse^
FORESTIER, à Camilto.
Dans le doute tais- toi, dit la Sagesse.
CAMILLE
A moins Qu'elle ne m'interroge.
PAUL
Auquel cas, je t'enjoinsi
^T^^^'" ^ ACTE DEUXIÈME. il
Mon enfant, de ne pas jouer à cache-cache, ^ Car j*adore ma femme et je veux qu*on le sache.
FORESTIER, à Ccciille.
Pourquoi cette rougeur et ce front interdit?
CAMILLE
-^ Il vient de dire un mot qu'il n'avait jamais dit
PAUL
Oh ! ne bouge pas...
A Forestier.
Vois comme ça se compose I Je yeux la faire ainsi... Bon 1 elle nerd sa pose.. . Je la retrouverai...
Se levant.
Va tordre à ton chignon, Ton collier de corail, pour réveiller le ton. — Nous allons cette fois faire de bon orvrage.
Tu veux recommencer^ce portrait?
CAMILLE, qni s'est rapprochée da chevalet .
Quel dommage !
Comme j'étais flattée I... Es- tu gentil!... Merc^
PAUL
De quoi? de te flatter?
CAMILLE
Non .. de me voir ainsi.
Ti] n'es pas autrement.
CAMILLE
Tant pis.
PAUL
Que cbante-t-eUe ..
PAUL
Elle est parfaite, La pauvre enfant.
Le ciel exprès pour toi l'a faite.
PAUL
Exprès pour nous.
Gommenti pour nous?
PAUL
Oui, pour nous deux Conyiena qu'en Tépousant j*ai comblé tous tes yoriit.
Les tiens aussi, j*espère.
PAUL
Oh! les miens cette année, Cher père, n'étaient pas tournés vers Thyménée. De mes moulins à vent encore tout moulu. Mon cœur ne demandait qu'un repos absolu.
Je ne te pressais pas, rends-moi ce témoignage ; Nous parlions vaguement, un soir, de mariage, Souviens-t'en; je nommai Camille fort en l'air...
PAUL
Mais son nom prononcé pour moi fut un^Jair; Je sentis dans ce cœur, mort à toute espérance Battre la passion de la reconnaissance.
Et, m'enthousiasmant soudain de mon devoir Je voulus te payer ma dette sans sjirseoir.
Quel devoir? quelle dette?