SCÈNE PREMIÈRE
HENRIETTE, travaillant à nne tapisserie près de la table, à droite;
HENRI, Usant snr le banc, à gsnche ; FANNY, an fond.
àa lever du rideau, Fanoy s'approche de son frère sur la pointe dn pied et lui
bouche les yenx de ses deux mains.
HENRIETTE, snnriant.
Laisse donc ton frère tranquille, Fanny I voici l'heure de ta leçon de musique.
HENRI
C*est bien fait! Au piano, petite fille, et plus vite qne ça
FANNY
Dis donc, maman, quand est-ce que je saurai assez jouer àa piano pour n*en plus jouer jamais?
HENRI
Q'iand vous serez mariée... dans dix ans.
434 MADAiME CAVERLET.
FANNT, lai tendant sajone.
Toi; je te déteste I
HENRI
Parbleu I je te le rends bien.
11 l'embrusse.
BABGÉy entrant par la ganchey à Henriette.
Salut à la mère des Grâces.
FANNY, arec une révérence.
Merci pour mon frère, monsieur Barge !
Le fait est, mon àmi, que votfe hlythologlië s'égare de toutes les façons.
BARGE
Eh bien, bonjour madame Caverlet; bonjour, garçon , bonjour, fillette.
FANNY, lui présentant non front.
A la bonne heure!
HENRI
Gomment va Heynold?
B\RGé.
E*st-ce que je sais? Il est en chasse depuis deux jours dans la montagne. Cet enfant-là me fera mourir d'inquiétude. Enfin ! — Caverlet n'est pas ici?
HENRVETTE.
Non... il est à Lausanne; vous auriez dû vous croiser en route.
BARGE, s'asse/ant près d'olk.
J'ai pris par le plus long, espérant rencontrer monsieur mon iils... Ah! bien ouil
AÉÎE PRKiViiER. 43è
HENRI
Puisque je vous tiens» j'ai uoe consultation à vous demander.
BARGE
Tu m'honores. Parle.
Vous êtes juge de paix, donc vous connaissez les lois.
BARGE
Intimement.
HENRI
Pouvez-Yons me dire quels sont, pour un étranger, les moyens de se faire naturaliser Suisse?
BARGE
Il y en a trois : lé itremier... mais qu'est-ce <|uë cëk t«
fait?
HENRI
Voici : tous les jeunes gens du canton sont sur le point de satisfaire à la loi militaire ; moi seul, je ne partirai pas. Je suis à l'âge où Ton doit servir son pays, et je n'ai pas de pays. J'en veux uni
HENRIETTE
Quelle idée te prend? Tu n'avais jamais parlé de celai C'est absurde..
FANNT, assise à côté de sa mère près de la table.
Je ne trouve pas.
BARGE, à Henri.
Mais n^es-tu pas Anglais?
HENPI.
On n'est pas Anglais pour être né en Angleterre d'uii père anglais, quand on n'a revu ni l'Angleterre ni son père de-
436 MÂbiME CAYERLËT.
puis rage de cinq ans. Je sais à peine la langue de mon pays natal; ma vraie langue maternelle, c'est le français (a sa mère.) puisque tu es Française; ma patrie, c'est la Suisse, puisque tu es devenue Vaudoise par ton second mariage, puisque j'ai été élevé à Lausanne, puisque toutes mes affections sont là. Je suis^un enfant naturel de la Suisse : je demande à être reconnu, voilà tout.
HENRIETTE
Mais, mon ami...
BARGE
11 a raison, madame. Qu'il endosse l'uniforme du soldat : c'est la robe viHIe. Et puis, ne comprenez- vous pas qu'il souffre, ce jeune homme, d'avoir une passion sans objet, la plus noble de toutes, le patriotisme? Je vous dirai plus tard : cherchez-lui une femme. Je vous dis aujourd'hui : donnezlui une patrie.
FAHNT.
Bien parlé, monsieur le juge !
BARGE, àHeari.
Eh bien, il y a trois moyens d'obtenir la naturalisation chez nous. Le premier, c'est de rendre à l'État quelque service signalé, je n'en parle que pour mémoire. Le second, c'est d'acheter une propriété dans le pays...
FANNT.
Gomment? il suffit de posséder un lopin de terre suisse pour devenir citoyen?
Oui, mademoiselle ! Qui a terre a cité, dit la coutume.
HENRI, frappant sur son gousset*
Passons au troisième moyen.