ACTE PREMIER
BARGE
Je le gardais pour la bonne bouche : c'est d'avoir deux ans de domicile.
HENRI
Bravo ! j*en ai quinze ! Maintenant, cher monsieur Barge, dites-moi quelles formalités je dois remplir.
BARGE
Il faut d'abord le consentement de tes père et mère, puisque tu n'as pas vingt et un ans.
HENRI
Eh bien, mère, j'ai le tien, n'est-ce pas?
FANNY
Et sir Edward Merson ne fera pas de difficultés, je suppose. Il ne s'mtéresse pas assez à nous...
HENRIETTE
Fannyl ne parle pas ainsi de ton père.
FANNY
Il s'intéresse à nous? il t'a donné de ses nouvelles? il t'a demandé des nôtres? tu sais où il est?
Non... mais ne l'accusons pas, ma fille. L'arrêt qui, en prononçant notre divorce, m'a adjugé les enfants, a blessé au cœur sir Edward. Il est bon, mais il est orgueilleux.
FANNY
S'il était si bon, c'était donc toi qui étais méchante?
HENRIETTE
Hélas ! là où il y a incompatibilité d'humeur, qui sait de quel c6té sont les torts ?
HENRI
£n tous cas, petite sœur, ce n'est pas à iious de condam-
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ner notre père, quand celle qui a souffert par lui nous donne l'exemple de Tindulgence.
HENRIETTE
De la justice. Ne doutez jamais, chers enfants, que votre père ne soit digne de tous vos respects.
BARGé.
Voilà le point noir du divorce. .. la situation morale qa*û crée aux enfants. Pour des calvinistes comme vous et moi, ma chère dame, c'est la seule objection sérieuse, et si ûd prévoyait...
HENRIETTE, se levant.
On ne prévoit pas, en effet! Et puis les enfonts sont si jeunes, Tavenir semble si loin, la douleur présente est si lourde!
FANNT.
Ne te reproche rien, p^a chérie. Tu nous as donné un se« cond père.
HENRIETTE
Oui, il est bien bon, et vous Taimez bien, n'est-ce pas?
FANNT.
Tendrement.
HENRIETTE
Et toi, mon fils?
HSNII.
Il est mon meilleur ami. Je lui suis reconnaissant des soins paternels qu'il a eus de nous, pi surtopt ^u. bonheur sans nuages qu'il t'a fait.
HENRIETTE
Gela me soulage de vous entendre parler ainsi.
/ BARGé.
Parbleu ! ils seraient bien ingrats de parler autrement.