SCÈNE PREMIÈRE
MADàME DE VERLIÈRE.
Hélas ! c'est vrai.
A yingt-qnatre ans, donc, maître d'une belle fortune cf^ porteur d'un nom honorable. . .
MADAME DE YERLIÈRE.
Vous voQS empressiez d'écorner Tune...
LANCY
Et de compromettre l'autre? Que nenni ! La passion de la chasse m'a préservé des passions ruineuses ; j'ai toujours eu horreur des cartes, et, sans me donner pour un héros aussi chaste, à beaucoup près, que le farouche Hippolyte, je puis me vanter...
MADAME DE YERLIÈRE.
Pas de détails, je yoqs en conjure.
LANCY
Le strict nécessaire. — Je puis me vanter d'avoir passé ma vie à la poursuite de la femme honnête. Je l'ai d'abcrd cherchée, comme tous les débutants* dans le camp des irréguliôres, et j'ai payé un large tribut à la manie de la rédemption. Mais, après avoir racheté pour quelque cent mille francs d'anges déchus, je me suis aperçu que les vierges folles sont^encore moins folles que vierges, si c'est possihie. et que le racheteur n'est pour elles qu'un acheteur plus naïf.
MADAME DE YERLIÈRE.
C'est plein d'intérêt... Continuez.
LANCY
Désenchanté de ces aimables commerçantes, je transportai mes investigations dans le monde régulier. Ah ! madame, pour un échappé des amours vénales, quelle ivresse dans la
possession d'un cœur qui se donne en immolant tous ses devoirs ! Le malheur, c'est que je unissais toujours par m'attacher au mari, le trouvant incomparablement plus honnête que la femme, et j^ reconnaissais alors qu'il n'y ^ pas un abîme entre celles qui nous trompent pour un autre et celles qui trompent un autre pour nous... Sans compter que ces fameux devoirs dont on nous fait sonner si haut le sacrifice, sont la plupart du temps des victimes parfaitement habituées à l'autel. — Je ne vous ennuie pas trop?
MADAME DE VERLIÈRE.
Jamais trop, mon ami.
LANCY
Mais assez. J'abrège donc. Le résultat de mes expériences fut cette vérité oubliée par M. de la Palisse, que la seule chance qu'on ait de posséder une honnête femme, c'est de l'épouser soi-mêm^. — Malheureusement, j'avais passé l'âge où l'on se marie leè^ yeux fermés ; il ne me restait plus que le mariage de raison.,, et c'est fièrement difficile, allez, de rencontrer une femme qu'on ait raison d'épouser. Mais à la tin je crois avoir trouvé mon lot.
MADAME DE VERLIÈRE.
Âh ! tant mieux !
LANCY
Un moment ! je ne suis pas encore agréé.
MADAME DE VERLIÈRE.
Vous le serez, mon ami ; il est impossible que vous ne le soyez pas, car vous êtes un homme charmant, malgré ce vilain procédé... que nous perdons un peu de vue.
LANCY
Au contraire, nous y arrivons. Comme garçon, je pouvais me contenter de mon entresol ; en montant d'an grade, il faut aussi que je Dionlu d'un éta^e.
SCËN£ PREMIEHE. Hl
MADAME DE VERLIÈRB.
Je comprends. C'est madame de Lancy que tous roulez installer dans mon appartement.
LANCT, se leraot.
Vous Tavez dit.
MADAME DE TERLIÈRE.
Je vous pardonne en faveur du motif, quoiqu'il soit bien pénible de déménager. Je suis bête d'habitude ; je me plaisais beaucoup ici, je l'avoue.
LANGT, appujrë an dosvier do fauteuil de madame de Verlièie.
Qu'à cela ne tienne; restez.
MADAME DE VRRLIÈRB.
Et madame de Lancy?
LANCY
Elle s*y prêtera volontiers, pourvu...
MADAME DE VERLIÈRB.
Pourvu?
LANCY
Pourvu que vous changiez de nom.
MADAME DE VERLIÈRB.
Gomment Tentendez-vous?
En cessant de vous appeler madame de Yerlière pour vous appeler madame...
MADAME DB VERLIÈRB.
De Lancy ? Je crois, Dieu me pardonne, que vous m'intentez une demande en mariage !
LANGT.
Franchement, je le crois aussi.
MADAME DE VERLIÈRB, m teruit.
Et par quels détours, juste ciel!
LANCY
Quand vous me reprochiez de ne pas prendre par qiiatrs chemins 1
MADAME DE TERLIÈRE, debont devant la cheminée.
Je VOUS faisais tort de trois. — Ainsi, c'est moi qui ai Tinsigne honneur de vous représenter le mariage de raison? Savez-Yous que vous n*êtes pas poli? .
LANCY
Permettez ; il s'agit de s'enlen/lre sur les mots. Ce que le monde appelle un mariage de raison, c'est-à-dire un mariage où le cœur n'est pas plus consulté que les jeux, où l'on prend une femme dont le plus souvent on ne voudrait pas pour maltresse, et dont on ne suhit la possession qu'à condition qu'elle sera éternelle, je l'appelle, moi, un mariage d'aliéné.
MADAME DE VERLIÈRE, passant à gauche.
A la bonne heure ; mais votre phrase avait besoin de ce commentaire. — Vous êtes un fier original l
En, quoi donc?
MADAME DE VERLIÈRE.
D'abord en tout, et puis en votre façon défaire votre cour.
LANCY
Qu'en savez- vous? Je ne vous l'ai jamais faite.
MADAME DE VERLIÈRE.
Première originalité; mais, aujourd'hui même que vous demandez si singulièrement ma main, j'ai toutes les peines du monde à voir en vous un soupirant.