‹ Théâtre complet de Émile Augier (volume 2)Chapitre 85 sur 320 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

MARIETTE, SIMON, éponssetant les meublet. SIMON, désignant le porUait.

Dites donc, mademoiselle Mariette, quel est ce paroissien enrobe rouge?

MARIETTE, assise sur le canapé à droite, les bras croisés.

C'est un des ancêtres de mademoiselle, le chancelier de Biragne, en son vivant garde des sceaux du roi Charles IX, U y a plus de cent ans. Vous voyez, monsieur Simon, que fons n'êtes pas entré che^s des geps d'hier.

SIMON

Ça me change. -^ Et c«t autre particulier dans ga coquilla de fer?..

MARIETTE

Ça n'est personne. . C'est une armure des anciens temps qne nous appelons monsieur, parce que . mademoiselle dit quelquefois en plaisantant qu'il n'y aura jamais d'autre maître dans la maison.

SIMON

Et pourquoi ne yeut-elle pas se marier? Ce ne sont pai les épouseurs qui doivent lai manquer?

MARI^TTS, M toyant.

Je TOUS en réponds ! Mais elle serait bien bonne enfant de donner un maître à ses écus; car un mari, ce n'est que cela,

SIMON

Il 7 a des fois... Mais, ordBnairement, les demoiselles croient que c'est autre chose,

MARIETTE

Oui, mais il faut vous dire que mademoiselle n'a pas toujours été riche comme elle est. Je l'ai connue avec six mille livres de rente pour toute fortune. Elle avait alors une simple chambre dans l'appartement du comte de Prévenquière, son tuteur, et personne ne songeait à l'épouser^ quand tout à coup, l'an dernier, il ]ui arriva un héritage de neuf millions.

SIMON

Excusez du peu t Ce n'est pas à moi qu'une pareille cheminée tomberait sur la tête !

MARIETTE

Vous n'avez pas une tête à ça, mon cher; et puis votre arriére-grand-oncle n'aura probablement pas songé k émi« grer dans les Indes orientales.

SIMONE

Esi«e qoa nous avons des aniôre-grands-oncles, nous iutresl

MARIETTE

Gomme le cher homme, dont on n'avait pas en de nou- Telles depuis la Révolation, est mort sans faire de testament, il s'est trouvé que mademoiselle était sa seule héritière. Pour lors, elle s*est dit, je suppose : « On ne voulait pas de moi quand j'étais pauvre, on ne m'aura pas main1e«^ nant que j'ai de quoi vivre... n E elle a monté sa maison sur ce pied-là.

SIMON

Elle a de la tête. J'aime ça. Il doit y avoir de fameux pi^ Ûts chez vous !

MARIETTE

Pourquoi donc?

siMOir.

riens! les amoureux...

MARIETTE

Mademoiselle est la sagesse même, mon cher. Gela nous étonne? < \

SIMOlf.

Ça me change!., pas de mari et pas d'amoureux? S f. avait de tout ça dans la maison d'où je sors. — Mais qu'estce que les gens de la société disent de cette manière de vivre?

^ MARIETTE

Que voulez-vous qu'on dise? Il n'y a rien & dira

SIMON

Ge n'est pas une raison.

- MARIETTE

Excepté de se marier, mademoiselle a fait toutes les concessions possibles au qu'en dira-t-on. Elle continue à demeurer avec son tuteur : sealement, elle a acheté Thôtel, elle s'est installée au rez-de-chaussée^ et '.le comte de Prévenquière est devenu son locataire. Elle s'est donné une vieille dame de compagnie, madame Hélier, qai habite avec elle et la suit partout, 'dans le monde, an spectacle, en voyage...

SIMON

Gomme qui dirait une tante en location.

MARIETTE

Une femme très-respectable, mon cher, et de très-bonne famille, & ce qa'il parait : un de ses frères estévèque aux colonies... pas celui qui vient ici.

SIMON

Pas le bossu, je pense bien ! Il y a un conseil de révision pour l'Église comme pour l'armée... C'est égal, je vois qu'il n'y a pas grand'chose à faire ici.

MARIETTE

Il n'y a rien à faire du tout; mais vous n'y perdrez pas ; mademoiselle est très-généreuse.

SIMON

Alors, le genre, chez vous, est d'aimer les maîtres?

MARIETTE

Oui, mon cher; si ça ne vous va pas...

SIMON

Ohl ça m'est égal... Ça me change! — Et le tuteur, la comte de... de...?

MARIETTE

De Préveoquière.

ACTEPREMIER.

SIMON

Faat-il anssi que je l'aime?

MARIETTE

C'est inatile. Il n'a pas voix au chapitre... Toute la fortone est à sa femme.

SIMON

Tiens I J'aurais cru le contraire. Pourquoi une si belle personne a-t-elle épousé ce petit chafouin?

MARIETTE

Pour être comtesse, donc I Elle avait eu pour premier mari un agent de change, M. Glampanin, qui Ta laissée yeuve et riche. Riche, c'était bon, mais veuve Glampanin, ce n'était pas drôle! Elle est belle et une, elle a tourné la tête au brave comte et s'est remariée sous le régime de la séparation de biens. Son titre ne lui coûte rien.

SIMON

Pas bête ! Je vais me mettre à l'aimer beaucoup.

MARIETTE

Et surtout à la respecter, monsieur Simon! elle estfière...

SIMON

Gomme tontes les parvenues.

MARIETTE

G'est monsieur qui est noble et c'est madame qui se croit née maintenant.

SIMON

Et la première femme de chambre, faut-ii que je la respecte... ou que je l'aime?

MARIETTE

On vous dira ça plus tard, mon cher, ^ Madame Délier)

158 Lions ET RBNA.RDS.

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