‹ Théâtre complet de Émile Augier (volume 2)Chapitre 86 sur 320 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

Les Mêmes, MADAME HÉLIER, puis CATHERINE.

MADAME HÉLIER, trifloUst an bai fUlat.

Où est mademoiselle?

MARIETTE

Dans la serre, madame.

SiOMIMK.

UADAMB HÉLIER, •'«MeTutprtodtbfllienlB**.

Comment est-il, ce garçon-là?

MARIETTE

Il parait un peu moderne.

Il m'est pourtant recommandé par Tabbê Poirel. Nous aurons rœil sur lui. (a part.) Je ne yeux ici que des gens à ma dévotion.

CATHERIlfE, entrant aveo dea flanrt dans la pli de ta jope.

Voici ma récolte, arrangeons nos bouquets...

Mariette aort.

madaaTb Bélier.

Vous ferez-YOUS une coiffare de fleurs naturelles, ce soir

CATHERINE, arrangeant ses flenra dans nn vase sur la table du millea.

Pourquoi? Pour aller chez la duchesse? Ma foi, non. Je suis allée à son dernier mercredi, je me donne congé aujourd'hui.

madame bélier.

Elle n'aime pas qu'on la néglige.

iCTB PREMIER. 159

CATHERINE

Tant pis! C'est trop ennuyeux.

MADAUE HÉLIER.

Prenez garde, ma chère enfant! Madame de MorvaUi par sa naissance, son âge et sa piété, exerce, vous le savez, une espèce de magistrature dans le monde. Vous avez plus besoin que personne de son haut patronage.

CATHERINE

Elle est mon sauf-conduil, je ne l'ignore pas. Aussi me laissé-je docilement couvrir de son amitié insidieuse, me réservant d'en éviter les pièges. . .

Quels pièges^ ma chère Catherine?

CATHERINE

Ne les voyez-vous pas ? Elle ne m'emmaillotte de ses bontés que pour me donner un jour pieds et poings liés h quelqu'un de ses protégés en quête d'héritière. Il y a une petite conjuration ourdie dans le noble faubourg pour empêcher mes millions de passer à l'étranger, c'est-à-dire à un roturier quelconque ; car on me croit très-romanesque, si ce n'est un peu folle.

MADAME HÉLIER

Pour romanesque, on ne se trompe peut-être pas beaucoup.

CATHERINE

le rétais, mais je ne le suis plus. Je Tétais quand j'espérais qu'un pauvre gentilhomme jetterait les yeux sur moi et m'offrirait d'unir sa pauvreté à la mienne. Hélas l j'atteignis ma majorité sans que cet Amadis se présentât. Je m'étais résignée à coiffer ma patronne, sans amertume, sinon sans tristesse, n'imputant mon abandon qu'à mon peu de charmes; mais quand je me vis, le lendemain de mon héritage, assiégée par les quémandeurs de dot, ohl alors, ma résignation

devint de rindignatioB. ; je fus prise d'un inyincible dégoût pour le mariage tel qu'il se pratique aujourd'hui ; et, puisque les hommes n'y cherchent que la protection d'une fortune, je me jurai que ma fortune ne protégerait jamais que moi, et que, après moi, elle irait tout entière aux pauvres. Vous voyez que je suis plus misanthrope que romanesque.

MADAME H^LIBRo

Misanthrope^ à votre âge !

Oh I je ne méprise que les civilisés. Je me plais à croire qu'on trouve encore quelque désintéressement parmi les barbares. Je suis parfois tentée d'y aller voir et d'imiter ladj Stanhope, qui s'établit en Orient avec ses richesses et devint quasiment reine des Bédouins. Yoas seriez mon premier ministre, ce n'est pas à dédaigner dans ces pays-là. Ah ! rO« rient, où poussent en pleins champs toutes les fleurs que nous élevons ici en serre chaude 1 — Elle est jolie, cette branche de camellia. — Quand partons-nous ?

MADAME HÉLIEB.

Je n'aime pas ces plaisanteries-là.

GATHERIlfB.

Vous croyez que je plaisante ?

MADAME HÉLIER

On ne sait jamais avec vous. Votre tuteur vous a tellement farci la tète d'histoires de voyages, que vous séries capable d'aller, comme lui, au bout du monde.

CATHERINE

Il n'est jamais allé jusque-là. Ses pérégrinations les plot lointaines n'ont pas dépassé le Caire, et il y a longtemps.

MADAME HÉLIER

J'aurais cm, à l'entendre, qu'il avait pénétré an fond df la Gafrerle.

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