ACTE PREMIER
HENRI
Dui, monntele.
LE MARQUIS, sévèremeot.
Comment se fait-il, monsieur, que je n*en aie rien su, moi, le chef de la maison?
y HENRI.
Permettez-moi de ne pas aborder une explication qni mettrait mon respect aux prises avec ma dignité. Je ne vous cherchais pas à Pilnitz, et je n'ai pas l'intention de vous y braver par ma présence ; mais, en vous cédant la place, je crois faire tout ce que vous pouvez attendre de ma déférence.
Il ne s'agit pas ici de déférence, monsieur I II y a dans les familles une solidarité d'honneur dont on ne s'affranchit pas à son caprice. Demandez-moi ce que j'ai fait de notre nom ; je vous répondrai que je l'ai toujours porté avec respect et que je ne l'ai taché que de mon sang. A mon tour, j'exige de vous le même compte.
HENRI
Vous exigez?... En épousant Pauline, j'ai rompu le pacte de famille, et j'ai le droit d'en rejeter les servitudes puisque je n'en réclame pas les privilèges .
LA MARQUISE
Henri, mon enfant, ne trouvez-vous pas de paroles plus conciliantes ^
LE MARQUIS
Eh ! madame, croyez- vous que ce soit lui qui parle ? Ne (Ojez-vous pas qu'on lui a soufQé un esprit de révolte contre tout ce qu'il respectait?
HENRI
Vous vous trompez, monsieur ; je respecte toujours ce qui
lao LE MARIAGE D'OLYMPE.
est véritablement respectable. Mais les préjugés da inonde^ ses conventions absurdes, ses hypocrisies, ses tyrannios^ non, rien ne m'empêchera de les mépriser et de les haïr !
LE MARQUIS
Qui donc ayez-vous épousé pour haïr la société?
HENRI
Permettez-moi de ne pas répondre.
Pourquoi ne pas le dire, mon ami? voulez-vous laisser croire à votre oncle que votre mariage est pis qu'une mésalliance? cette pensée le tuerait. Je vais, si vous le voulez bien, rassurer son honneur inquiet... après quoi, nous partirons.
HENRI
A la bonne heure I
Il remonte an peo« PAULINE.
Je m'appelle Pauline Morin, monsieur le marquis; je sais fille d'un honnête fermier.
LE MARQUIS
Vous, fille d'un fermier? avec ce langage, cette élégance?
PAULINE
La tendresse aveugle de ma mère m*a donné, pour mon malheur, une éducation au-dessus de ma naissance.
LE MARQUIS
C'âfi possible. Venez, marquise.
Il donne le bras à sa femme et remonte vert le fond. PAULINE.
Restez... C'est à moi de me retirer puisque ma prêsencf vous est odieuse.
^ ÂCT£PR£Mi£R. 181
LE ^MABQUIS.
/oas ne prétendez pas sans doute être accueillie par une 4ismille où vous êtes entrée à la dérobée ?
Moa?«lnent d'Benri.
PAULINE
Pourquoi pas furtiyement? Dites toute votre pensée, monsiear le marquis ! mon mariage doit vous sembler un miracle d'astuce et de rouerie.
LE MARQUIS
li n'y a pas eu besoin de miracle contre l'inexpérience d'un enfant.
HENRI
Mais elle voulait me fair dans un couvent!
PAULINE
C'était une comédie et une comédie grossière... Qui espérez-vous persuader de ma sincérité? Qai admettra qu'une lille du peuple, rencontrant chez vous les élégances d'esprit et les délicatesses de cœur qu'elle avait rêvées, vous ait donné toute son âme ? Vous avez été bien naïf de le croire ; de* mandez à votre oncle. Si je vous avais véritablement aimé, j'aurais refusé d'être votre femme... N'est-ce pas, monsieur le marquis ?
LE MARQUIS
C'est vrai.
HENRI
Croyez-vous qu'elle n'ait pas refusé? Tout ce que vous auriez pu me dire contre ce mariage, elle me l'a dit.
PAULINE
Ce n'était pas votre bonheur seulement que je défendais,
c'était aussi le mien. (Henri s'assied à droite de U table.) YOUS CfOyeZ
c[ue j'ai fait un beau rêve* monsieur le marquis? Si vous iii. il
saviez ce que je souffre ! Mais je n'ai pas le droit de me plaindre, j'avais prévu ce qui arrive, (à Henri.) J'avais demandé à Dieu un an de ton amour en échange du bonhear de toute ma vie... il a tenu le marché, et il m'a fait la bonae mesure puisque tu m'aimes encore.
HENRI, lai tendant les mains.
Je t'aime encore?... je t'aime comme au premier jour!
PAULINE
Pauvre ami ! vous ne vous rendez pas compte de ce qui sp passe en vous! j'ai peut-être tort de vous le dire... mais je n'avance votre clairvoyance que d'une heure. Votre amour s'est fatigué dans la lutte impossible que vous avez entreprise contre les lois du monde; vos traditions de familie, que vous avez foulées aux pieds, et que vous appelez encore des préjugés, se redressent peu à peu...
LA MARQUISE, bas, au marqnis.
Ce doit être vrai.
PAULINE
Vous résistez, vous vous indignez de trouver votre bonheur inégal à votre sacrifice; mais chaque jour le bonheur diminue et le sacrifice augmente. En sortant d'ici, vous sentirez nettement le poids de la solitude qui vous entoure ; vous regarderez avec d'autres yeux la femme qui doit vous tenir lieu pour toujours de famille, d'amis, de société., et bientôt le regret des biens que vous m'avez sacrifiés se changera en remords.
LA MARQUISE, bas, au marqnis.
Ce n'est pas le langage d'une intrigante.
Mais sois tranquille, ami; ce jour-là, je te rendrai tout ce que tu as perdu pour moi, et ton amour aura été ma \ie entière.