‹ Théâtre complet de Émile AugierChapitre 40 sur 291 · LE BARON, LA MARGRAVE · texte numérisé non relu

LE BARON, LA MARGRAVE

LK BARON

Jouons caries sur table. Nous avons besoin d'une firan-

ehise réciproque. Je vais vous en donner l'exemple. Je suis perdu.

LA UARGRÀYE.

Voilà le résultat de vos prodigalités et de tos folies.

LE BARON

Mes folies? Je suis tout simplement le plus grand financier des temps modernes. Je me flatte d'avoir apporté dans ma vie un ordre et une prévoyance dignes de Salomon.

LA MARGRAVE

Je serais curieuse...

LE BARON

Rien de plus simple. Maître à vingt ans de mon patiimoine, qui n'allait qu'à cent mille florins de rente, j'avais devant moi l'héritage d'une tante et celui do mon cousin Sigismond. Ma tante, selon toutes probabilités, devait durer encore quinze ans. J'employai ces quinze années à manger magnifiquement le bien de mon père. Vous savez, margrave, si j'ai dignement soutenu l'éclat de ma maison... Au bout de quinze ans, il ne me restait pas un florin.

LA MARGRAVE

Et votre tante mourait à point?

LE BARON

Elle fut exacte. Me voilà donc à la tète de cent cinquante mille florins de revenu. Tout bien calculé, le comte Sigismond n'avait plus que quinze ans à vivre... s'il était raisonnable ; je divisai ma tante en quinze parts égales.

LA MARGRAVE

Malheureusement, le comte Sigismond se fit attendre un peu.

LE BARON

Yons savez, il était flâneur par nature ; il fut en retard de

dix-huit mois, pendant lesquels il eût été absurde de dimi* nuer mon train. J'hypothéquai la succession de cinq cent mille florins. Pouvais-je prévoir qu'elle me glisserait entre les doigts? Madntenaat, si je veux payer mes créanciers, ij faudra vendre ma terre de Berghausen, que j'ai respectée jusqu'ici, et j'en serai réduit à vivre de la petite rente que m'a laissée ce mauvais plaisant de Sigismond.

LA MARGRAVE

Pauvre baron !

LE BARON

Mais, vous-même, pauvre margrave?

LA MARGRAVE

Oh! moi, vous savez que mon existence a toujours été simple; il n'y a que deux manières de porter un grand nom : avec magnificence ou avec austérité. Vous avez pu choisir la première... j'ai dû me résigner à la seconde. Mais, je l'avoae, j'avais rêvé pour ma fille une vie plus brillante que la mienne. La voilà maintenant bien difficile à marier. Elle est jolie et de grande maison, mais elle est sans dotl

LE BARON

Oui, ce drôle de Milher nous escamote quatre cent mille florins de rente. Nous le regarderions comme notre débiteur que nous serions dans notre droit.

LA MARGRAVE

Nous n'avons pas d'action contre lui.

LE BARON, finement.

Mais sur lui 1

LA MARGRAVE

Est-ce que vous entrevoyez ?...

LE BARON

)*entrevois que la tête va lui tourner. Quatre cent œuie

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