‹ Théâtre complet de Émile AugierChapitre 71 sur 291 · ACTE QUATRIÈME. )U · texte numérisé non relu

ACTE QUATRIÈME. )U

LÀ MARGRAYE.

Pourquoi m* en défendrais-je? Il est né dans notre esprit en môme temps que notre amitié pour vous. Depuis quinze joars, c'est là notre unique préoccupation ; si nous ne vous en a?ons pas parlé pins tôt, c'est qoe tous n'étiez pas encore en état de comprendre tos véritables intérêts ; mais; nous étions certains que le moment viendrait» et nous pré-f parions toutes choses à votre insu. Cette révélation vous donne la clef de bien des énigmes. Vous comprenez maintenant l'aventure du sanglier... Il fallait justifier d'avance votre adoption aux yeux du monde et vous en assurer aiusi les avantages.

FRANTZ

Ma foi, madame, je tombe des nuedl Le baron n'est donc pas ruiné?

LA UARGRATB.

U est parfaitement ruiné.

FRANTZ

Mais alors, c'est un marché que vous me proposez là?

LA MARGRAYE.

C'est un marché sans doute, mais qui n'a rien d'odieux, s'il se conclut entre gens qui s'aiment et s'estiment. Si vous n'avez pour le baron ni estime ni affection, tout est dit. Quant à lui, il tous aime et fait grand cas de vous. Ëtesvous assez modeste pour yous en étonner, assez ingrat pour vous en plaindre?

FRANTZ

Ce n'est pas par modestie, madame ; mais il est difllcil de croire à la sincérité d'une affection si dispendieuse. Le, dettes du baron sont un gouffre où je n'entends pas jeter ma fortune. Je ne Yeux pas que son nom me coûte aussi cher...

LÀ MARGRAYE.

Que lui a coûté Yotre symphonie, n'est-ce pas? Vous Yoyei

bien qu*ea payant ses dettes, vans ne feriez qu'nue restilution. Rassurez-vous, vous ne feriez même qu'une avance. Le baron doit en tout cinq cent mille Ûorîns hypothéqués sur sa terre de Berghausen, qu'il s'est interdit d'aliéner et qui vaut six cent mille florins. Vous dégrèveriez la terre, dont vous kériteriez un jour, et, jusque-là, le baron vivrait honorablement du revenu. — Vous voyez qu'il n'y a là rien de semblable à un marché de dupe.

FRANTZ

C'est vrai, madame, et je suis heureux de ces explications. Je vous avoue que j'avais pénétré vos intentions et que je souffrais pour vous de ce qu'il y avait de singulier dans votre conduite. Encore une fois, je suis heureux de croire à votre franchise et à votre loyauté.

LÀ màbgràvb.

Dites : et à notre amitié. Et maintenant que pensez-vous de ma proposition?

FRANTZ

C'est un traité fort acceptable. Le nom de Berghausen vaut bien un million pour un homme qui ne pourrait pas s'en passer. Mais je n'en suis pas là. L'aristocratie à laquelle vous avez eu l'obligeance de me présenter m'a complètement accepté ; ma fortune, ma qualité d'artiste, le talent qu'elle veut bien m'accorder, m'assurent de sa bienveillance. Je n'ai donc pas besoin d'un titre pour en avoir les bénéflces.

LA MARGRikYB.

C'est possible ; un grand artiste est l'égal d'un prince, et ie conçois que vous ne vouliez pas mêler à ce lustre naturel im éclat emprunté...

FRANTZ

Et qui me coûterait un millioa.

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