‹ Théâtre complet de Eugène Labiche (volume 2)Chapitre 236 sur 327 · THÉRÈSE, LAURE · texte numérisé non relu

THÉRÈSE, LAURE

LAURE

A nous deux maintenant... maman est partie, nous pouvons causer librement... car, moi aussi, j'ai mes petits conseils à te donner.

THÉRÈSE

Toi?

LAURE

Oui, j'ai beaucoup réfléchi sur le mariage... c'est un événement qui peut m'arriver d'un moment à l'autre.

THÉRÈSE

Dans quelques années...

LAURE

J'ai dix-sept ans et demi... (Mystérieusement.) et je crois qu'un de ces jours notre cousin Robert demandera ma main.

THÉRÈSE

Robert! qui peut te faire penser...?

LAURE

Oh! mille petits signes particuliers... à moi connus.

THÉRÈSE

Mais espères-tu que mon père voudra l'accorder à un peintre. . . à un artiste?

LAURE

Pourquoi pas? Robert est un excellent garçon... trèsrangé... et qui a du talent... Il a gagné vingt mille deux cent sept francs l'année dernière... c'est gentil, de trouver cela sur sa palette I... Enfin, si nous nous arrangeons... si je l'épouse, j'ai mon programme tout prêt... et je vaii te le donner.

THÉRÈSE, riant.

Voyons ton programme...

LAURE

C'est surtout dans les commencements qu'il faut mettre son mari au pas et lui faire prendre de bonnes habitudes...

aussi, dès demain matin, je te conseille de mettre ton chapeau et de sortir...

THÉRÈSE

Pourquoi faire?

LAURE

Pour établir ton droit... Si ton mari te demande où tu vas, tu lui répondras fièrement : « Je vais voir ma bonne petite sœur... nous avons à causer!... De son côté, quand il sortira... il devra te rendre compte de ce qu'il aura fait, des personnes qu'il aura vues...

THÉRÈSE

Ça, c'est juste!...

LAURE

Oh! j'ai étudié la question, va!... Ah! une recommandation capitale!... N'abonne jamais ton mari à un journal du soir !

THÉRÈSE

Où est le danger?

LAURE

Vois papa... son journal arrive à sept heures... il le lit après dîner... le sang lui monte à la tête, .il s'endort... et la soirée est perdue!

THÉRÈSE

Oh I mais tu es très-forte !

Autre détail très-important!... donne l'ordre à ta cuisinière de lui servir, pendant quelques jours, son potage froid et sa salade dans des assiettes chaudes...

THÉRÈSE

Ahl par exemple !..v et pourquoi?

LÂURE.

Tiens! pour essayer son caractère!... Tu verras tout de suite s'il est aimable ou grognon... et alorl, i toutes ces épreuves-là réussissent, s'il est bien gentil, bien sage, s'il te laisse venir voir souvent ta bonne petite sœur... tu auras bien soin de lui, tu lui feras faire des petits plats sucrés, et tu le mettras dans du coton... Voilà comment je compte me gouverner avec mon cousin Robert. . . s'il demande ma main.

JOSEPH, entrant avec un paquet enveloppé, à Thérèse.

Mademoiselle... c'est encore un cadeau qu'on apporte de la part de M. et madame Langlumé.

THÉRÈSE, prenant le paquet.

Nos cousins!... Oh! qu'ils sont bons!... veuillez faire mes remerciments.

Joseph sort, LÀURE.

C'est amusant de recevoir des cadeaux toute la journée.

(a Thérèse, qui est en train de développer le paquet.) Dépêche-toi

donc!

THÉRÈSE, désappointée.

Ah!... une cafetière !

Encore!...

THÉRÈSE

Ça m'en fera deux.

LAURE

Sans compter le courant... la journée n'est pas finie.

THÉRÈSE

Je vais la mettre sur l'autre console.

LÀURfi.

Ça fera pendant.

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