ACTE TROISIÈME
GRA.NDGICOURT.
L'incident qui s'est produit à la fin de mon bal a dû vous laisser une impression fâcheuse... C'est un devoir pour moi de la combattre... Madame, je vais nous raconter ma jeunesse...
MADAME LÉPINOIS, eCFurouchée.
Arrêtez, monsieur !
GR.ANDGICOURT.
Rassurez-vous, madame... je suis homm<e du monde.
LÉPINOIS.
Du plus grand monde ! asseyez- vous donc, monsieur le baron.
Ils s'asseyent. MADAME LÉPINOIS, à part.
Qu'est-ce qu'il va nous raconter ?
GRANDGICOURT.
Je ne vous parlerai pas de mes premières années... elles n'eurent rien de remarquable... J'étais ce qu'on appelle un bel enfant...
LÉPINOIS, gracieusement.
Il en reste quelque chose, monsieur le baron.
MADAME LÉPINOIS, à part.
S'il est possible... le buste de la maigreur monté sui deux tringles !
GRANDGICOURT.
En 1829, mes ancêtres...
Lépinois s'incline.
MADAME LÉPINOIS, à part.
Des maîtres de forges !
GRANDGICOURT.
Mes ancêtres m'envoyèrent à Paris... pour y compléter
mon éducation... Que vous dirai-je?... j'avais les yeux bleus, le teint frais, les passions vives...
MADAME LÉPINOIS.
Monsieur 1
GRANDGICOURT, sMnclinant.
Oui... un jour, par une chaude soirée d'août, je fus au /ardin Marbeuf... C'était alors le rendez-vous des femmes à la mode...
LÉPINOIS.
Des biches... J'y allais aussi...
MADAME LÉPINOIS.
Vous dites ?
LÉPINOIS.
Rien ! je n'ai rien dit!
GRANDGICOURT.
Dans ce jardin, émailié de pelouses et de bosquets... s'élevait un temple... le temple de Cythère...
LÉPINOIS.
A gauche... on y prenait de la bière et des échaudés.
GRANDGICOURT.
Tout à coup je vis apparaître une jeune fille entourée de ses compagnes... Vénus au milieu de sa cour! c'était Églé...
MADAME LÉPINOIS.
Églé?
GRANDGICOURT.
Oui... la personne...
LÉPINOIS.
Ah ! la vieille d'hier !
GRANDGICOURT.
J'étais jeune, elle était belle; j'étais tendre, elle lut sensible.