‹ Théâtre complet de Eugène Labiche (volume 2)Chapitre 4 sur 327 · PION CEUX · texte numérisé non relu

PION CEUX

Vous ne vous vantez pas de notre parenté, je le sais bien... un domestique!...

MARTIN

Tu m'ennuies, imbécile ! . . . Va nous chercLer de la bière.

PION CEUX, sortant à part.

Les parents pauvres... voilà!

Il sort par le focd.

AGÉNOR

Quand vous êtes seuls, il te tutoie?

MARTIN

Jamais! Je ne le souffrirais pas.

AGÉNOR, comptant et étalant son jeu.

J'ai gagné! soixante de femmes.

Ça ne m'étonne pas, tu as toujours été le favori de? dames.

AGÉNOR

Pas tant qu'on le croit.

Voyons, entre nous, combien en as-tu eu?

AGÉNOR

Est-ce que je sais!

MARTIN

Innombrables!... tu l'avoues!... Moi, j'en ai eu onze.,. je n'ai jamais pu aller jusqu'à la douzaine!... Quelle drôle

ae chose que la viel il y a des hommes qui ont toutes les femmes, tandis que les autres... Mais comment t'y prenaistu? Car enfin tu n'es pas plus beau que moi.

AGÉNOR

Plus mince... beaucoup plus mince... et puis le prestige de l'épaulette 1

MARTIN

Et d'un beau nom.'' c'est quelque chose! Agénor Montgommier!... en déplaçant une lettre ça fait Montgommeri î grande maison! tandis que, moi, je m'appelle Ferdinand Martin, petite enseigne... Dire que, si ma famille n'avait pas quitté le Guatemala, je m'appellerais Hernandez Martinez comme mon cousin... voilà un nom à femmes! et que, si j'avais su monter à cheval, j'aurais pu être comme toi dans l'état-major de la garde nationale... quand il y en avait une... Pas de chance!

Tu perds onze cents points.

MARTIN

Pas de chance ! Soufflons un peu.

Pioûceux entre et pose la bière et les verres sor la tabla. PIONCEUX.

Voici la bière ; mais vous avez bien tort d'en boire, gros comme vous êtes.

MARTIN

Veux-tu me laisser tranquille, toi !

PIÙNCEUX.

Ça me fait mal de voir détériorer le nourrisson de uiu mère.

MARTIN, se levant.

Je n'engraisse plus... j'ai fait mon effet

Page 1