ACTE PREMIER
PIONCEUX.
•îe l'en fiche I vos pantalons me deviennent deux fois trop larges.
Il montre son pantalon.
MARTIxN.
Veux-tu t'en aller, animal!...
PIONCEUJi:, sortant par le fond.
Les riches ne tolèrent pas la vérité.
AGÉNOR, qui a versé la bière, se levant et en présentant un verre à
Martin.
Qu'est-ce que je te disais! il t'a tutoyé.
MARTIN, prenant le verre.
Si je le croyais!
AGÉNOR
Il t'a dit : « Je t'en fiche! »
MARTIN
Ohl ça, c'est une locution,., dont on peut se servir envers un supérieur... C'est comme Je t'en souhaite... ou Je t'en ratisse. . . A ta santé, mon vieux! ... à tes maîtresses! . ..
Ils trinquent.
AGÉNOR
Aux tiennes!
Ils boivent.
MARTIN
Tu as dû avoir pas mal de femmes mariées, hem?
AGÉNOR
On en a toujours trop.
MARTIN
Bandit! moi, je n'en ai eu qu'une... la mienne... c'est le
regret de ma vie... Ohl l'adultère! l'adultère, c'est-à-dire la volupté assaisonnée de crime 1 Comprends-tu le crime, Agônor? moi, je le comprends! il y a des jours où je sen& en moi l'étoffe d'un grand criminel !
Il va poser son verre sur la table.
AGÉNOR
Tais-toi donc! tu es le meilleur des hommes.
Même jen.
MARTIN, desceadant à gauche.
Ne crois pas ça! j'ai du sang espagnol dans les veines! Caramba! comme dit mon cousin!... et puis ça passe... mais il y a tout de même un fond de regrets.
AGÉNOR
Console-toi, va! les femmes mariées, c'est amusant de loin; mais, à l'user, c'est la scie des scies!...
Quand tu me persuaderas ça...
AGÉNOR
Dans les commencements, je ne dis pas... il y a de bons quarts d'heure.
MARTIN
Je crois bien... la femme d'un autre!
AGÉNOR
Oui, mais l'autre a parfois des vengeances..,
MARTIN
Oui... le sire de Vergy, qui fait manger à son épouse U cœur de son amant... Ça c'est pénible... mais ça ne t'esl jamais arrivé?
AGÉNOR
Il y a plus pénible encore.