‹ Théâtre complet de Eugène Labiche (volume 3)Chapitre 48 sur 348 · SCÈNE Vil · texte numérisé non relu

SCÈNE Vil

Les Mêmes, JEAN, DANIEL.

JEAN y anucmçaat.

M. Daniel Savary!...

PERRICHON, s'épanouissant.

Ah! le voilà, ce cher amil... ce bon Daniel!...

I) renverse presque le guéridon en courant au-devant de loL DANIEL, saluant.

Mesdames... Bonjour, Armand!

PERRICHON, le prenant par la main,

Venez, que je vous présente à Majorin... (Haut.) Majorm, je te présente un de mes bons... un de mes meilleur? amis... M. Daniel Savary...

MAJORIN

Savary? des paquebots?

DANIEL, saluant.

Moi-même.

PERRICHON

Alil sans moi, ï- ne te payerait pas demain ton dividende.

MA<ORIN

Pourquoi?

FERR1CH0>.

Pourquoi? (Avec fatuité.) Tout Simplement parce que jV !'ai sauvé, mon bon !

MAJORIN

Toi? (3 p«rt.) Ah çà! ils ont donc passé tout leur temp? â se sauver la vie!

PERRICHON, racontant

Nous étions sur la mer de Glace, le mont Blanc non* regardait, tranquille et majestueux...

DANIEL, à part.

Second récit de Théramène !

PERRICHON

Nous suivions tout pensifs un sentier abrupt.

HENRIETTE, qui a ouvert un journal.

Tiens, papa qui est dans le journal!

PERRICHON

Comment i je suis dans le journal?

HENRIETTE

Lis toi-même... là...

EUo lui donne le journa!

PERRICHON

Vous allez voir que je suis tombé du jury! (Lis«nt.) « On Qous écrit de Chamouny... »

àCTE TROISIÈME. 73

TOUS

Tiens 1

II» se rapprochent.

PËRRICHON, lisant.

x Un événement qui aurait pu avoir des suites déplo rables vient d'arriver à la mer de Glace... M. Daniel S... a fait un faux pas et a disparu dans une de ces crevasses si redoutées des voyageurs. Un des témoins de cette scène, M. Perrichon (qu'il nous permette de le nommer)... « (Parlé.) Comment donc ! si je le permets ! (Lisant.) « M. Perrichon, notable commerçant de Paris et père de famille, n'écoutant que son courage, et au mépris de sa propre vie, s'est élancé dans le goufi're... » (Parlé.) C'est vrai I « Et, après des efïorts inouïs, a été assez heureux pour en retirer son compagnon. Un si admirable dévouement n'a été surpassé que par la modestie de M. Perrichon, qui s'est dérobé aux félicitations de la foule émue et attendrie... Les gens de cœur de tous les pays nous sauront gré de leur signaler un pareil trait 1 »

TOUS

Ahl

DANIEL, à part.

Trois francs la ligne I

PERBICHOIf, reiuant lentement la dernière phrase.

« Les gens de cœur de tous les pays nous sauront gré de leur signaler un pareil trait. » (a Daniel, très-émn.) Mon ami... mon enfant 1 embrassez-moi I

Ils s^emhrasMnt.

Décidément, j'ai la corde...

PERRICHON, montrant le journal.

Certes, je ue suis pas un révolutionnaire, mais, je le

74 LE VOYAGE DE MONSIEUR PERRlCflON.

proclame hautement, la presse a du bon! (Mettant le joamsi dans sa poche et à part.) J'en ferai acheter dix numéros!

MADAME PERRICHON

Dis donc, mon ami, si nous envoyions au journal le récit de la belle action de M. Armand?

HENRIETTE

Ohl oui! cela ferait un joli pendant I

PERRICHON, vivement.

C'est inutile I je ne peux pas toujom*s occuper les journaux de ma personnalité...

JEAN, entrant un papier à la maiou

Monsieur...

PERRICHON

Quoi?

JEAN

Le concierge vient de me remettre un papier timlir^ pour vous.

MADAME PERRICHON

Un papier timbré ?

N'aie donc pas peur! je ne dois rien à personne... au contraire, on me doit...

MAJORIN, à part.

C'est pour moi qu'il dit ça!

PERRICHON, regardant le papier.

Une assignation à comparaître devant la sixième chambre pour injures envers un agent de la force publique dans l'exercice de ses fonctions .

TOUS

Ah! mon Dieu!

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