SCÈNE DIX-NEUVIÈME. 26i
GAUDRION, ébah
Comment! vous savez?...
FRISETTE.
Tout, monsieur Gaudrion !...
GAUDRION.
Ah! j'y suis! vous me détestez! Vous me flanquez à la porte... Eh bien, c'est mal, mamzelle Frisette, parce que, coyez-vous, moi, je vous aimais de cœur, ce n'était pas venu tout de suite, mais enfin c'était venu... et j'aurais fait vot' bonheur, allez... j'en ai l'étoffe!
AIR : Soldat français.
J'avais déjà fait mon petit château...
Je me disais : « La nuit, 1' pétrin m' réclame,
Je n' pourrai pas veiller près du berceau,
Mais, en partant, j'y laiss'rai ma p'tit' femme;
Puis, accourant avec le jour,
J' viendrai r'iever ses factions maternelles;
Nous échang'rons 1' mêm' mot d'ordr' tour à tour ;
Si bien qu' l'enfant,- dans son amour,
Confondra les deux sentinelles. »
FRISETTE, à part.
Serait-il possible!
GAUDRION.
Mais n'en parlons plus!... Et, tenez, cet enfant, je l'aime!... c'est mon fils... mais je sens qu'il sera mieux avec vous qu'avec moi... Eh bien, gardez-le... gardez-le.. Adieu!...
Fausse sortie.
FRISETTE, à part.
Comment! il me laisse?...
GAUDRION, revenant.
Seulement, je vous demanderai quelquefois la permis- III. 15.
262 FRISETTE,
sion d'aller le voir, de vous porter roes économies... ça fait que je vous verrai en même temps, et... ça me consolera.
FRISETTE, à part, avec joie.
Mais alors, il m'aime! (Haut.) Monsieur?...
GAUDRION, revenant.
Plait-il?
FRISETTE, attendrie.
Tenez, monsieur Gaudrion, vous êtes un bon garçon, et maintenant...
GAUDRION.
Achevez I...
FRISETTE, le quittant brusquement, à elle-même.
Ah! mon Dieu! c'est impossible ! M. Barbaroux qui est à la mairie... et qui, dans ce moment, donne son nom... je ne puis pas le laisser là... avec un enfant sans femme. (Haut, à Gaudrion.) Monsieur Gaudrion... certainement je le regrette bien, mais... je ne puis vous épouser.
Pourquoi ça?...
Chut!
On frappe au fond.
FRISETTE.