‹ Theatre complet de Eugene Labiche (volume 4)Chapitre 278 sur 364 · SCÈNE TROISIÈME · texte numérisé non relu

SCÈNE TROISIÈME

LA BARONNE

Ce n'est pas si pressé, Adèle n'a pas dix-huit ans.

FOURCHEYIF.

Encore faut-il répondre! C'est un excellent parti. Les Dandrin ont la plus belle raffinerie de betteraves du département. Sais-tu le chiffre de leur dernier inventaire? Cent soixante-quatre mille trois cent trente-deux, zéro cinq! voilà ce que j'appelle un inventaire.

LA BARONNE

Sans doute... sans doute.

FOURCHEYIF

Quoi, sans doute? ce n'est pas un belinventaire?

LA BARONNE

Si, mais Dandrin... Dandrin... c'est bien court; il n'est pas noble.

FOURCHEVIF.

Eh bien, et nous?

LA BARONNE, effrayée.

Chut ! tais-toi donc.

FOURCHEYIF.

Sois donc tranquille, il n'y a personne. Mais tu oublie? toujours que je m'appelle Potard, et toi... par conséquent madame Potard.

Mon ami!

FOURCHETIF.

Et que nous avons vendu de la porcelaine rue de Paradis-Poissonnière, 22. Et je m'en vante... tout bas, par exemple.

LA BARONNE

Vous êtes insupportable avec vos souvenirs.

FOURCHEYIF.

Puisqu'il n'y a personne.

LA BARONNE

Quelle nécessité y a-t-il de venir exhumer après dixhuit ans ce nom?...

FOURCHEVIF.

C'est connu! Lorsque nous avons acheté, il y a dix-huit ans, la terre de Fourchevif , tu m'as dit, en visitant le château... tiens, nous étions dans la seconde tourelle! tu m'as dit; «Il est impossible d'habiter ça et de s'appeler Potard. » Je t'ai répondu :« C'est vrai, ça grimace... » Alors nous nous sommes mis à chercher un nom, et, à force de chercher, nous avons trouvé celui de Fourchevif, qui était là, par terre, à rien faire.

LA BARONNE

A qui cela nuit-il, puisqu'il n'y a plus d'héritiers de ce

nom?

Si, on m'a dit qu'il en restait im... un tout petit, à Paris.

LA BARONNE

Paris est si loin du Dauphiné.'

FOURCHEYIF.

Et puis il est peut-être mort, ce brave garçon ; quant au titre de baron, je n'y pensais pas. Ce sont les gens du pays qui me l'ont donné. Tiens, c'est le père Mathurin qui a commencé, le jour où il est venu pour renouveler son hall, le vieux medin !

LA BARONNE

C'est tout naturel, les Fourchevif étaient barons, et, puisque nous avons acheté leur immeuble...

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