‹ Theatre complet de Eugene Labiche (volume 4)Chapitre 287 sur 364 · SCÈNE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

SCÈNE SEPTIÈME

LAMBERT

C'est bien à M. le baron de Fourchevif que j'ai l'honneiirde saluer?

Lui-même ; aprèF ?

LAMBERT

En êtes-vous bien sur ?

FOURCHEVIF.

Gomment! voilà qui est fort!

LAMBERT

Vous savez qu'il n'en reste plus qu'un Fourchevif... le dernier de la famille ?

FOURCHEVIF, se désignant. '

Eh bien?

LAMBERT

J'ai bien de la peine à croire que ce soit vous.

FOURCHEVIF.

Et pourquoi, s'il vous plait ?

LAMBERT, simplement.

Parce que c'est moi !

FOURCHEVIF.

Hein? vous M. le baron?

Il ôte vivement sa casquette.

LAMBERT

€ouvrez-vous doi^o, je vous prie.

C'est impossible ! un baron. . . en blouse I

LAMBERT

Vous êtes bien en casquette ! Faut-il produire mon acte

de naissance? Je suis fils de Raoul de Fourchevif et de

4Îame Raymonde Jacotte de Fourcy.

FOURCHEVIF, à part.

J'ai vu ces noms-là dans mes titres. (Haut.) Mais que signifie cette carte : « Etienne Lambert? »

LAMBERT

C'est mon nom de peintre, mon nom de guerre, si vous voulez... Sans fortune et obligé de vendre mes tableaux pour vivre, je n'ai pas cru devoir associer le nom de mes ancêtres aux péripéties d'une position. .. plus que précaire; il sied mal de porter ses diamants quand on n'est pas toujours sûr d'avoir un habit. Alors, j'ai mis le nom de mes aïeux dans ma poche, par respect pour eux, et j'en ai arboré un autre : -Etienne Lambert ! Au moins, celui-là n'engage pas. Etienne Lambert peut endosser la blouse du peintre, fumer hbrement sa pipe, loger au sixième étage, et, dans les jours difficiles, aborder sans humihation le diner à vingt-deux sous... le baron de Fourchevif ne le pourrait pas.

FOURCHEVIF.

Vous m'avez l'air d'un brave garçon, je crois que nous pouvons nous entendre.

LAMBERT

Comment cela?

Du moment que vous ne vous sei'vez pas du nom de vos ancêtres, je ne vois pas pourquoi vous vous opposeriez à me le laisser porter.

LAMBERT

Tous croyez que ça se prête comme un parapluie?

Page 1