SCENE V
SUZANNE, puis EUSÈBE.
SUZANNE
C'est le garçon pharmacien de M. Bigouret qui m'apporte mon eau des Sultanes... une recette qu'on m'a envoyée d'Orient, (on frappe à la porte du fond.) Entrez! Il paraît que c'est merveilleux... (on frappe de nouveau.) Mais entrez donc!
EUSÈBE, passant sa tête au fond.
Cest moi!
SUZANNE
Pourquoi n'entrez- vous pas?
EUSÈBE, entrant.
Je n'ose pas... (a part.) J'ai des frisson».
SUZANNE
Vous apportez la bouteille?
EUSÈBE, avec mélancolie.
Ah! oui! j'apporte la bouteille!
SUZANNE
Eh bien, donnez-la-moi!
EUSÈBE, avec mélancolie.
Oh! oui... je vous la donnerai.
SUZANNE, à part.
Qu'est-co qu'il a? (iiaut.) Voyons... je vous attends.
EUSÈBE
Elle est dans ma poche... la voici... (Tendrement.) La voici!
Il lui donne le flacon.
SUZANNE, à part.
Il a quelque chose dans le cerveau... c'est dommage, il n'est pas laid, ce garçon... (Haut.) Vous me rapportez ma recette... j'y tiens!
EUSÈBE
Elle est dans ma poche... sous enveloppa
SUZANNE, se levant et passai:'.
Voyons... débouchons ce flacon.
Elle prend des ciseaux sur la table et coupe la peau qui entoure le bouchon.
£USÈBE, à part.
0 supercherie de l'amour... ce n'est pas sa recette qui est dans cette enveloppe... j'y ai substitué des vers... des vers que j'ai improvisés ce matin, avec mon coeur, en pilant des amandes douces... mais je n'oserai jamais les remettre !
SUZANNE, respirant le flacon qu'elle a débouché.
Tiens, ça sent bon !