ACTE PREMIER
lUSÊBE, prenant ce compliment pour lui.
Ah! madame... c'est la nalure... car je n'ai pas sur moi d'odeurs...
SUZANNE
De quoi me parlez- vous?
EUSÈBE
Vous me faites l'honneur de me dire que je sens bon
SUZANNE
Moi'i' .. je parle de ce flacon...
EUSÈBE
Pardon... on pouvait s'y tromper.
SUZANNE, allant à lui.
Comment emploi e-t-on ça?
EUSÈBE
Ça doit être comme pour le baume tranquille... en frictions.
SUZANNE
Eh bien, essayons... sur le bras...
EUSÈBE
Comment ! devant moi?
SUZANNE
Oh! un pharmacien! ce n'est pas un homme !
EUSÈBE
Mais je vous demande pardon, madame, je vous demande pardon... il y a encore des cœurs de pharmacien qui vibrent.
SUZANNE, s'asseyant sur la chaise à droite du guéridon, relevant s» manche et découvrant son bras.
Ah: ah! tenez... prenez ce morceau de ouate.,, et frottez.
ig LES TRENTE MILLIONS DE GLADIATOR.
EUSÈBE, prenant le flacon et sa reculant.
Qui ça? moi?
SUZANNE
Vous devez savoir frictionner I
EUSÈBE, s'asseyant sur le pouf.
Certainement... je frictionne tous les soirs le rhumatisme de M. Bigouret, mon patron...
SUZANNE
Eh bien?
EUSÈBE
Mais ce n'est pas la même chose...
SUZANNE
Pourquoi?
EUSÈBE
Mais dame!... parce que... d'abord, lui, c'est un homme; il a la peau noire, rude, coriace, indigeste... Ahl la vilaine peau!... tandis que la vôtre... (ii frictionne trôs-douc». cnent.) c'cst d'un doux... d'un doux!... et d'un blanc... d'un blanc!... et d'un rose... d'un rose!...
Eh bien, qu'est-ce que ça vous fait ?
EUSÈBE
Ce que ça me fait?
Il po.se la main de Suzanne sur son cœur SUZANNE, se levant
Ah bah !
EUSÈBE
Je n'essayerai pas de vous le cacher plus longtemps
SUZANNE, à part, gaiement.
Tiens! j'ai enflammé un pharmacieni