SCENE CINQUIÈME
AMÉLIE, riant aux éclat».
Ah! ah! ah!
OLYMPE, à part.
Il rit!
AMÉLIE
Ah çàl tu neveux donc pas me reconnaître?
OLYMPE
Amélie!... Ali! quel dommage I
AMÉLIE
Comment?
OLYMPE
Quel bonheur veux-je dire!... Comment! c'est toi... tu m'as fait une peur... Embrasse-moi donc!...
AMÉLIE, l'embrassant.
Cette chère petite Olympe!... Nous ne nous sommes pourtant pas revues depuis la pension. Mais je suis loin de t'avoir oubliée! Tiens, cette bague qui me vient de toi, je ne l'ai jamais quittée.
OLYMPE
Bonne Amélie! mais pourquoi ce déguisement?
AMÉLIE
Pourquoi? oh! c'est un grand secret... une bien grande audace... mais tu ne me trahiras pas... tu m'aideras au contraire... M. Cravachon peut-il nous entendre?
OLYMPE
Non... Mais d'où vient ce mj'stère?
Écoute... Mon mari... car je suis mariée.
OLYMPE, à part
Encore unel
2Î>^ LE MAJOR GRAVACUON.
AMÉLIE
Mon mari, M. Doffin, compromis dans une prétendue conspiration contre l'empereur, a été arrêté, il y a huit jours, et conduit ici, dans la citadelle commandée par ton père.
OLYMPE
Ah! mon Dieu!... tu as un mari sous clef!
AMÉLIE
Et tu sais qu'un ordre imjùtoyable, mais motivé par quelques abus, ferme depuis un certain temps l'entrée de cette forteresse, de cette prison, à toutes les femmes quelles qu'elles soient... Pourtant, je ne pouvais abandonner ainsi mon mari.
OLYMPE
Je crois bien !
AMÈLIF.
Pendant que des amis puissants soUicitent à Pans son élargissement, j'ai voulu à toute force le voir, lui parler...
OLYMPE
C'est si naturel !
Mais comment faire? J'espérais dabord que le tiJre de ton ancienne amie pourrait aplanir la difficulté... mais bientôt la réputation de l'inflexible commandant vint m'ôter tout espoir...
OLYMPE
Alors?
AMÉLIE
Alors, j'ai pris un parti extrême, violent... j'ai pris les habits de mon frère l'officier, et, sous cette enveloppe, je viens affronter la consigne du major et solliciter mou iaissez-passer.
SCÉiNE CINQUIEME. 231
OLYMPE
Pourvu que papa Cravachon se laisse prendre à la ruse... Voyons, tourne-toi, que je t'examine. (Ella ia fait tourner autour d'elle.) La!... marche un pcu... eucore... Eh bien, ce n'est pas trop mal... tu peux faire illusion.
AMÉLIE
Ma foi, j'ai confiance. Ton père ne m'a jamais vue, et, pour peu que je fasse honneur à mon uniforme...
OLYMPE, confidentiellement.
Entre nous, je t'avouerai que je n'en suis pas contente du tout de papa Cravachon... mais du tout, du tout!
-VJIliLIE.
Que veux-tu dire ?
OLYIIPE.
Enfin, ma chère, en me regardant, certainement on le 7oit tout de suite, je suis bien d'âge... Eh bien, pourtant, je crois qu'il ne veut pas me marier.
Quel enfantillage!
OLYMPE
Je parle très sérieusement... car, enfin, je suis demandée de tous côtés; c'est incroyable... chacun veut m' épouser.
AMÉLIE, souriant.
Ça ne m'étonne pas du tout.
OLYMPE
Moi, je ne demande pas mieux... mais lui ne veut pas... Mes prétendus, on me les cache... ensuite, mon père s'enferme avec eùX... là... (Eile montre la première porte à gauche.) Je ne sais pas ce qui se dit... mais ce doit être affreux!... car ils partent tous, et l'on n'entend plus parler d'eux.
«32 LE MAJOR CR.VVACnON,
AMÉLIE
Au fait, c'est étrange !
OLYMPE
C'est abominable! quelquefois, j'écoute à la porte... c'est mal, mais c'est par raison.
AMÉLIE
Eh bien?
OLYMPE
Je n'entends rien... Seulement, papa fait la grosse voix comme un bourdon, l'amoureux disparaît et je continse à rester fille.
Pauvre enfant I... Ça ne peut pourtant pas durer ainsi!
OLYMPE
Je crois bien que ça ne peut pas durer ainsi !...
AMÉLIE
Il faudrait savoir... Mais j'y pense... je ne peux voir mon mari que demain... après deux heures, on n'entre phis... d'ici là, je puis m'occuper de toi, de ton bonheur... Je vais demander ta main à ton père.
OLYMPE
Toi?... mais pas du tout!
AMÉLIE
Eh bien,voyons, n'as-tu pas peur que je ne t'épouse? De cette façon, j'aurai avec lui cette entrevue si mystérieuse, il redoutable, et...
OLYMPE
Eh bien, oui... mais comment?
AMÉLIE
Le meilleur moyen de prouver que je suis un homme.